DAVID O. RUSSELL: La grosse arnaque

Le nouveau film de David O. Russell « American Hustle » casse la baraque. Nominé dix fois aux Oscars, il a déjà remporté plusieurs Golden Globes, donc le spectateur s’attend à un long métrage exceptionnel, unique en son genre. Quelle déception !

Les escrocs escroqués escroquent aussi le public.

« American Hustle » est une arnaque. Un petit escroc, Irving Rosenfeld, exploite les plus désespérés pour s’enrichir. Son petit business prend de l’ampleur le jour où il rencontre sa dulcinée, Sydney, chez qui le mensonge semble être inné. L’argent coule à flots, ils filent le parfait amour jusqu’au jour où ils se font piéger par le FBI et se voient contraints de collaborer pour sauver leur peau et échapper à la prison. Ainsi le couple et un agent du Bureau, Richie, vont monter une arnaque pour faire tomber un homme politique, qui finalement n’a pas grand-chose à se reprocher. Et bien sûr l’escroquerie va partir en vrille.

L’intégralité du film est du déjà-vu et l’intrigue est loin d’être complexe. Ce qui étoffe quelque peu cette histoire banale est le récit non linéaire, le milieu de l’intrigue étant le début du film et la narration se fait souvent par coups de flashs-back. Contraints à la collaboration, les gentils voyous finissent par prendre Richie à son propre jeu en l’arnaquant, non pour se venger ou démontrer leur supériorité, mais parce qu‘ Irving, le protagoniste, éprouve des remords face à leur victime.

Lors d’un entretien, le réalisateur David O. Russell a clamé que ce qui l’intéressait était moins l’histoire que les personnages. Encore faudrait-il qu’ils soient captivants. Les personnages sont simplement des clichés : l’agent du FBI colérique, crédule et en manque de pouvoir souffrant d’une ridicule folie des grandeurs ; l’escroc, père de famille au grand coeur ; la femme fatale, maîtresse manipulatrice et opportuniste à souhait, l’épouse hystérique, stupide et capricieuse ; l’élu aux méthodes douteuses, mais agissant pour le bien de la communauté. Encore faut-il avouer que les acteurs ne sont pas mauvais, mais qu’ils sont contraints d’incarner ces ramassis de figures devenues classiques du cinéma. Il est néanmoins regrettable que leur jeu ne donne pas de profondeur ni de réelle personnalité à leurs personnages. Surtout Amy Adams, qui fascine moins par sa performance, qui ne va guère au-delà des yeux mouillés ou du regard furibond, que par la constante exhibition de ses seins. Le seul mérite reviendrait peut-être à Christian Bale, qui incarne Irving, dans la retenue et presque en retrait, mais réussit néanmoins à être crédible.

Pourquoi alors tant de foin autour de cette platitude hollywoodienne ? La fresque de la fin des années soixante-dix ainsi que l’ambiance sulfureuse ont certainement contribué à emballer le public. Costumes colorés et provocants, ralentis sur les personnages s’avançant en groupe, gros plan des crises de nerfs, flashs-back? le réalisateur n’est pas allé chercher loin. Une époque qui fascine par son entre-deux, son mode de vie qu’on présume débraillé, une manière de filmer on ne peut plus usée (mais qui fonctionne apparemment toujours), un récit décousu pour un rythme saccadé afin de maintenir le spectateur en haleine, ne pas révéler l’évidence même du dénouement. En bref, aucune innovation par rapport aux films de genre gangsters, tournés à partir des années 1930.

Les costumes ainsi que les acteurs sauvent ce film de la catastrophe. Il ne peut convaincre que les spectateurs qui vont rarement au cinéma, qui n’en demandent pas trop pour être emballés. Loin de l’oeuvre artistique à laquelle le spectateur s’attend, ce film est un simple objet de distraction qui ne se démarque en rien du mainstream hollywoodien.

Aux Utopolis Belval et Kirchberg.


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