THÉÂTRE: Fantaisie criminelle

Avec « La folle de Grace », la compagnie du Grand Boube présentera sa nouvelle création au Théâtre des Capucins. Le woxx a rencontré la metteuse en scène Carole Lorang dans les loges, entre deux répétitions.

Une nouvelle déclinaison de l’enfer familial :
« La folle de Grace »

Créer au lieu d’adapter, avoir l’esprit ouvert et tourné vers l’étranger sont deux des ingrédients qui caractérisent le travail de la compagnie du Grand Boube, depuis la naissance du collectif théâtral autour de Carole Lorang, Mani Muller, Bach-Lan Lê-Bà Thi et Peggy Wurth entre autres. Si « La folle de Grace » reste dans la continuité du travail de la troupe, s’interrogeant aussi sur le rôle de la fantaisie dans ce qui nous rend humains, la pièce prend pour point de départ une histoire criminelle réelle.

« Avant d’écrire, Mani Muller avait parcouru un grand nombre d’histoires criminelles, dont une a particulièrement retenu notre attention. C’est celle d’une fille qui a tué ses parents dans un faux accident de voiture. Elle les a conduits au bord d’un précipice et s’est sauvée en sautant par la portière au dernier instant. Mais le plus intéressant était que même si les enquêteurs avaient pu établir qu’elle agissait sous l’influence de son petit ami, qui était aussi un grand manipulateur, ce dernier n’a jamais pu être condamné, contrairement à la fille qui a été mise derrière les barreaux », explique Lorang. « Nous avons en quelque sorte transposé des éléments de ce cas réel dans la pièce, en inventant une famille où la mère frustrée se compare sans cesse à Grace Kelly et se met à manipuler son environnement familial pour vivre sa fantaisie, l’entraînant par là dans la chute. »

La compagnie a adapté cette histoire tragique pour la scène de façon plutôt pragmatique, en procédant par ellipses et sauts temporels, pour donner une vue d’ensemble. Si cette façon de faire est classique, cela n’empêche pas « La folle de Grace » d’être une pièce avec un message : « Nous voulons montrer la famille aussi comme une métaphore sociétale. Partout dans nos sociétés, on rencontre des personnes qui, par leurs désirs narcissiques, en entraînent d’autres dans le gouffre. Cela peut être le cas de leaders politiques, mais pas nécessairement », résume Lorang qui ne veut pas voir son théâtre classé comme art engagé politiquement. « Je n’ai rien contre le théâtre engagé. C’est juste que j’ai rarement vu des pièces engagées qui m’ont plu. La plupart d’entre elles restent à la surface – au sloganeering – et empêchent des lectures multiples. Or c’est justement ça qui m’intéresse », constate-t-elle.

Ainsi, la compagnie du Grand Boube continue d’occuper une place un peu à part dans la scène théâtrale luxembourgeoise et a même assez bien survécu aux dernières tempêtes politico-culturelles : « Nous avons aussi eu notre rendez-vous au ministère de la Culture pour parler de notre convention, et nous en sommes même sortis avec un petit plus », rapporte Lorang. Peut-être était-ce afin de récompenser les récents efforts de la compagnie pour changer l’opinion du grand public sur le théâtre. Ainsi, avant de commencer à travailler sur « La folle de Grace », elle a constitué un comité de spectateurs qui a pu suivre la création de la pièce à travers différents stades. Un projet qui – à côté du volet pédagogique presque obligatoire de nos jours – a eu une résonance faramineuse, vu que le Grand Boube a été obligé de refuser des gens. Une raison de plus pour aller voir la première de « La folle de Grace » ce vendredi.

Les 6, 10 et 13 février au Théâtre des Capucins.


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