Levinson Barry: Bandits

C’est une comédie légère avec différents éléments du „road movie“ que nous présente Barry Levinson dans „Bandits“.

Dîner surprise

Ils ont de la classe, les deux brigands Joe (Bruce Willis) et Terry (Billy Bob Thornton). Après leur évasion spectaculaire de la prison fédérale, les complices à tempéraments opposés se frayent un chemin de l’Oregon jusqu’en Californie, tout en remplissant leurs poches de dollars. Objectif: rassembler des fonds pour ouvrir un restaurant au Mexique. Terry, la tête pensante du duo, a imaginé une façon originale pour braquer les banques, un hold-up à la douceur, conversations et conseils psychologiques inclus.

Les deux gentlemen sonnent à la porte d’un banquier, le soir, en privé. Surprise, ce n’est pas le facteur qui apporte une grosse somme. Au contraire! Les brigands annoncent leur intention de braquage, s’invitent au dîner et se logent même pour une nuit dans la maison. Ce n’est que le lendemain que toute la famille doit se lever de bonne heure pour accompagner Joe et Terry à la banque et leur dévoiler le trésor. Bientôt ils portent le nom des „Sleepover Bandits“ et deviennent très populaires grâce aux médias, qui les suivent de près. On leur ouvre même volontiers les portes.

C’est autour de cette idée centrale que Levinson („Rain Man“, „Sleepers“) construit une comédie très amusante, bien loin pourtant d’un humour grinçant à la frères Coen. Les principales faiblesses sont dues au scénario, ce que l’on remarque particulièrement lors de l’apparition de Kate (Cate Blanchett). Le rôle féminin principal se réduit à une prestation de jolie rousse rêvant de s’évader de sa cage d’or ennuyeuse (ici : mari et ménage). Elle rêve d’une vie d’aventurière et se joint au duo en tant qu’otage bénévole. Complications émotionnelles incluses, intermezzo pas très original. C’est ici que le film commence à planer et Levinson ne retrouve son élan que vers la fin, grâce à des revirements assez surprenants.

Des grands gamins aventuriers

Tout baigne un peu dans un climat de légèreté et de spontanéité enfantine. Le public, dans le film aussi bien qu’en salle, accompagne des grands gamins aventuriers, se trouve plongé dans une vieille légende sur des brigands gentlemen qui ne font pas peur, un vrai contraste avec le climat d’angoisse qui règne actuellement dans le monde. Le summum: une scène de dîner en famille de banquier et les commentaires bienveillants des brigands autour de la sauce de spaghetti.

Pour le montage de son conte, Levinson utilise différentes pièces de puzzle: il intercale des images en noir et blanc, prises par la caméra de surveillance de la banque, par celle des médias et même les prises d’un témoin au bord de la route. Diverses perspectives, qui devraient transmettre la vérité sur les brigands, mais qui nous servent, en fin de compte, des mensonges. Une mise en question des médias?

Intéressant aussi: le jeu un peu voyeuriste entre les intérieurs et les extérieurs. On se sent obligé d’observer à travers les vitres ce qui se passe dans la maison tandis que Joe et Terry discutent dehors sur une balançoire. Il y a souvent un lien entre les deux côtés.

Un film léger

„Bandits“ est un film léger et agréable à voir, et nous captive grâce à des acteurs de grande classe (avant tout la prestation épatante de Billy Bob Thornton dans le rôle d’un gangster névrotique et hypocondriaque). A chaque occasion il s’imagine des maladies, discute et argumente, voit des menaces pour sa santé fragile, sent par moments des plumes brûlées parce qu’il s’imagine qu’une tumeur perturberait la fonction de son odorat. Il est tout simplement hilarant et l’emporte de loin sur Bruce Willis. Ce dernier se contente d’utiliser son charme habituel pour voler les coeurs en même temps qu’il vole les voitures, style: „Madame, veuillez bien me passer les clés de votre voiture. Merci bien de votre collaboration.“

Sylvie Bonne

Au Ciné Utopolis


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