Coen Brothers: The Man Who Wasn’t There

Avec „The Man Who Wasn’t There“, Les frères Coen ont beau soigner leurs plans et leur mise en scène, mais il n’y a rien à faire: si le scénario n’accroche pas, le film n’en fera pas d’avantage.

Dans le nouveau film des frères Coen Frances McDormand et Billy Bob Thornton nous offrent une des compositions des plus surprenantes.

Le barbier rasant

Grands amis de Gilles Jacob, le délégué général du Festival de Cannes, les films des frères Coen ratent très rarement le rendez-vous de la compétition cannoise. Mieux encore, ils seront à la base du changement de règlement depuis qu’ils ont décroché la palme d’Or en 1991, le prix du scénario et de l’interprétation pour „Barton Fink“. Cette année, c’est „The Man Who Wasn’t There“ qui se retrouve en compétition et décroche le prix de la mise en scène. Un film, un prix, mais des commentaires pas toujours unanimes de la part de la presse internationale. Il faut dire que nous avions encore tous en tête leur précédent film „O Brother Where Art Thou“ qui, contre toute attente, n’avait cependant obtenu aucune récompense. Peut-être trop impatients de visionner quelque chose d’encore plus extraordinaire. Les journalistes présents sur la croisette, qui deviennent de plus en plus exigeants seront déçus par „The Man Who Wasn’t There“. Mais avec le recul, on comprend cette exigence et en définitive, seuls les frères Coen en sont responsables. Il est vrai qu’après nous avoir présenté des films d’envergure comme „The Big Lebowski“, „Blood Simple“ ou „Raising Arizona“, pour ne citer que ceux-là, nous étions en droit d’attendre un nouveau chef d’oeuvre.

Nous sommes en été 1949. Ed Crane, alias Billy Bob Thornton, est coiffeur pour hommes dans une petite ville de Californie du Nord. Même si son commerce marche bien, il n’est pas très heureux dans la vie. Il hait sa petite condition bourgeoise et rêve d’une autre vie. Un beau jour, il reçoit un étrange homme d’affaires qui lui offre une occasion en or: investir dix mille dollars dans le commerce naissant du nettoyage à sec. Après réflexion, Ed Crane accepte. Seule ombre au tableau: trouver les dix mille dollars. Obstacle surmontable d’autant que son épouse a une liaison avec son patron, propriétaire d’un grand magasin. Crane se met alors en tête d’extorquer la somme dont il a besoin à Big Dave. Si ce dernier refuse, Crane n’hésitera pas à révéler l’affaire à l’épouse de Big Dave. Le plan est simple, mais peut-être trop simple et la machine ne tardera pas à s’enrayer.

Conçu dans la plus pure tradition des vieux films hollywoodiens – et pour cause, l’histoire étant inspirée par les romans noirs de James M. Cain -, „The Man Who Wasn’t There“ n’est pas pour autant une oeuvre qui laisse des souvenirs impérissables. La voix off de Billy Bob Thornton est soporifique à souhait, le manque de rythme renforce cette envie de somnoler et l’histoire n’apporte rien de nouveau à l’empire cinématographique. Seules l’ambiance années 40 proche du cinéma de Billy Wilder, les prises de vues en noir et blanc, les volutes de cigarettes qui nous font passer d’une scène à l’autre confèrent un certain intérêt au film. Les frères Coen ont beau soigner leurs plans et leur mise en scène, il n’y a rien à faire: si le scénario n’accroche pas, le film n’en fera pas d’avantage, même si Billy Bob Thornton et Frances McDormand nous offrent une composition des plus surprenantes.

Pedro Almodovar, qui avait décidé de choquer l’Espagne puritaine pour lancer sa carrière, s’est finalement rendu compte qu’il était temps de changer de style s’il ne voulait pas recevoir dans la figure un revers de médaille; le cas des frères Coen est analogue. Si leur adaptation de polar des années 40 nous a amusé pendant un certain temps, aujourd’hui, on aimerait qu’ils changent un peu de registre. Un souhait qui pourrait bien devenir réalité puisqu’ils réaliseront dès 2002 „To the White Sea“, dont l’histoire se déroulera pendant la Seconde Guerre mondiale sur le front du Pacifique avec, dans le rôle principal, Brad Pitt. Alors, rendez-vous à Cannes en 2003?

Thibaut Demeyer

Au Ciné Utopia


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