Bausch Andy: Le Club des Chômeurs

Inspiré par une vision de „The Full Monty“, Andy Bausch fonde „Le Club des Chômeurs“ et réaffirme un talent qui semblait en perdition télévisionnaire.

MINETT-MOVIE

The Full Unemployment

(gk) – Entre „Doppelter Einsatz“, „Balko“ et „Helicops“, Andy Bausch n’avait su réaliser dernièrement que des films plutôt chiants: „Letters Unsent“ (1996) et „Back in Trouble“ (1997). „Le Club des Chômeurs“ tombe donc à pic pour redorer son blason de réalisateur utilisant des clichés luxembourgeois pour les traiter avec un curieux mélange de respect irrespectueux.

Cette fois-ci, il s’en prend à la situation du chômage au Luxembourg et la croyance populaire du: „Wee kéng Aarbescht fënnt, dee wëllt nët schaffen.“ Son „Club des Chômeurs“ rassemble ainsi différents lascars qui n’ont plus rien à attendre du travail. Si ce n’est leur allocation de chômage.

Car si cette bande est fière de ne pas travailler, ce n’est pas pour autant qu’elle n’aurait pas besoin d’argent.

Bausch s’intéresse donc, à nouveau, aux marginaux de la société luxembourgeoise et se donne un côté comédie britannique à thématique sociale. Le chômage, les cinéastes anglais connaissent. A voir „Le Club des Chômeurs“ on pense d’ailleurs parfois à „Raining Stones“ et „The Full Monty“: des chômeurs sont forcés de trouver des magouilles pour survivre. Sauf que l’urgence de la situation des personnages des deux films anglais est désamorcée dans „Le Club des Chômeurs“, puisque ces chômeurs-ci choisissent clairement de l’être.

Chômeurs professionnels

Toutefois, Andy Bausch fait bien ressortir que c’est ici plus de la fausse fierté qu’un plan machiavélique pour vivre sur le dos des contribuables. Ainsi, sa „comédie“ prend le temps d’explorer la face cachée de ses personnages, celle brisée par le chômage et par la précarité économique.

Et c’est justement ce qui fait la qualité de son film: des personnages hors du commun, mais non moins authentiques. Ici, il est aidé par une horde d’acteurs et d’actrices du Luxembourg. Mis à part des seconds rôles qui révèlent que la langue luxembourgeoise reste difficile à prononcer de manière naturelle devant une caméra, tous les autres comédien-ne-s s’en tirent avec des mentions honorables.

Parmi les performances les plus remarquables: Camillo Felgen s’impose en curé qui ferait se confesser même des muets. Marja-Leena Juncker est tout simplement grandiose en ex-Miss Minett alcoolique. André Jung joue parfaitement la rage contenue. Christian Kmiotek représente l’élément inattendu de cette distribution. Avec son regard boudeur et son corps imposant, il exprime – sans mot dire, si ce n’est en voix off – la fragilité émotionnelle, infantile, qui caractérise son personnage.

Mais la palme revient clairement à Thierry Van Werveke – toujours aussi époustouflant de naturel – et à Myriam Muller. Lui, c’est le président du club, donc un peu le roi des chômeurs. Elle, c’est la petite employée de l’ADEM qui vient de se faire plaquer par son copain portugais et qui se retrouve avec le dossier de Van Werveke, alias Geronimo, sur le dos.

Thierry Van Werveke et Myriam Muller arrivent à rendre crédible une histoire d’amour entre ces deux personnages que tout sépare. Pas facile de rendre graduellement une relation qui s’amplifie d’une rencontre à l’autre jusqu’au „Je t’aime. Moi aussi“ final, sans que ce dernier ne fasse pouffer de rire. Mais l’acteur à la gueule incomparable et l’actrice si petite à ses côtés y réussissent avec brio et constituent ainsi les personnages centraux du film, autour desquels virevolte le reste d’un casting prestigieux – au niveau grand-ducal du moins.

L’image granuleuse du film n’est pas de la meilleure qualité. D’un autre côté, Andy Bausch et son directeur-photo, Jacques Raybaut (co-réalisateur de „Biouel“ (1996), directeur-photo: seconde unité sur „Shadow of the Vampire“), accentuent ainsi un côté petit budget, qui fait bon ménage avec les pauvres existences qu’ils nous montrent à l’écran.

„Troublemaker“ reste bien le meilleur film luxembourgeois à ce jour. Mais „Le Club des Chômeurs“ n’en est pas moins un grand petit film.

A l’Utopolis


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