Schroeder Barbet: Murder by Numbers

Présenté hors compétition au dernier festival de Cannes, „Murder by Numbers“ était attendu avec impatience, la présence de Sandra Bullock ayant été annoncée. Après l’autopsie de ce meurtre calculé, la presse internationale a pourtant vite fait de déchanter.

Elle attend la nuit pour broyer du noir. Sandra Bullock dans „Murder by Numbers“.

Mauvais calcul

Le corps d’une jeune femme est retrouvé dans les bois de San Benito, une petite bourgade de la côte californienne. L’inspecteur Cassie Mayweather et son nouvel équipier Sam Kennedy sont chargés de l’enquête. Si de prime à bord les indices sont maigres et qu’il n’existe aucun mobile apparent, l’inspecteur Cassie trouvera ce qu’elle cherche en passant au crible une série d’indices microscopiques. Au fur et à mesure de ses recherches, ses soupçons se dirigeront de plus en plus vers deux jeunes garçons aux allures irréprochables. Le fait qu’ils soient trop parfaits pour être vrais, la confortera dans ses intuitions. Mais dans la police, il n’y a pas de place pour les intuitions. Il faut des preuves tangibles.

D’autant que Richard Haywood et son ami Justin Pendleton sont „deux fils à papa“. L’affaire ne semble pas gagnée d’avance, car en plus, ce fait divers fait remonter à la surface une période douloureuse que Cassie croyait avoir enfouie au plus profond de sa mémoire.

L’histoire de ces deux jeunes garçons, issus d’une famille désunie, qui veulent commettre le meurtre parfait et défier ainsi la police scientifique, est une idée de départ originale. Mais le scénario va trop rapidement emprunter les chemins déjà balisés par de purs produits hollywoodiens, dont les thrillers sont le plat principal.

Comment Schroeder
a pu

Au lieu de se concentrer sur l’histoire des deux jeunes garçons, qui mettent au défi la police scientifique en parsemant le lieu du crime de faux indices, Barbet Schroeder a préféré nous emmener dans une sorte d’étude psychologique, qui justifie le comportement et les motivations de Cassie. Parfois, on se rapproche ainsi du „Silence des agneaux“ où Clarisse était amenée, à travers son enquête, à chasser de sa mémoire les fantômes qui lui avaient pourri l’enfance. Mais si Barbet Schroeder avait choisi l’autre chemin, celui de la motivation des jeunes criminels, on aurait sans doute eu droit à une ´uvre bien plus originale.

Avec des films comme „Barfly“, „Kiss of death“ ou „Jeune fille partagerait appartement“ à son actif, on est même en droit de se demander comment Barbet Schroeder a pu accepter de tourner „Murder by Numbers“. Certes, par moment, on retrouve la griffe du réalisateur. Mais le fond n’est qu’une simple série B dotée de clichés déconcertants: Par exemple cette scène finale où Sandra Bullock se retrouve suspendue à un balcon, qui lui-même ne tient plus qu’à un fil. Le spectateur n’étant pas dupe, il sait très bien qu’une pirouette scénaristique la sortira de ce mauvais pas! Ce n’est donc franchement pas ce genre de scène qui est susceptible de faire monter l’adrénaline.

Quant à Sandra Bullock, qui n’est jamais parvenue à renouer avec le succès qu’elle a connu avec „Speed“, elle se contemple dans ce rôle de femme flic surdouée le jour, déprimée le soir, attendant la nuit pour broyer du noir.

Comme dans tout film typiquement hollywoodien, le happy end est de rigueur, ce qui est finalement encore plus déconcertant. En effet, si l’arrestation des deux meurtriers entre dans le cadre moralisateur du „tu ne tueras point“, Barbet Schroeder aurait pu nous éviter la „guérison“ psychologique de Cassie survenant grâce à la résolution de l’enquête.

Et dire que Sandra Bullock a l’intime conviction qu’avec ce mauvais calcul, elle pourra sauver sa carrière et embrasser à nouveau les étoiles commençant à ternir suite aux flops qu’elle accumule depuis quelques années!

Thibaut Demeyer


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