Raoul Peck
 : Engagement total


von | 18.05.2017

Explorant en images les mots forts et profonds de James Baldwin, le documentaire « I Am Not Your Negro », déjà diffusé sur Arte il y a quelques semaines, est un exemple réussi de cinéma engagé qui ne néglige pas la forme pour le fond.

James Baldwin (au milieu) apporte la puissance de ses écrits à « I Am Not Your Negro ». (Photo : © Dan Budnick)

Le documentaire à charge et la qualité cinématographique peuvent-ils faire bon ménage ? Lorsque Quentin Tarantino, en remettant la Palme d’or à Michael Moore en 2004 pour « Fahrenheit 9/11 », avait affirmé sans sourciller que le jury avait récompensé les qualités formelles du film et pas particulièrement son message, on avait pu en douter. Mais avec Raoul Peck aux commandes, « I Am Not Your Negro » parvient à concilier la gnaque et l’esthétisme. Pas étonnant, au vu des précédentes expériences du réalisateur haïtien, dont le très formellement maîtrisé « Lumumba » par exemple.

Ici, le fil conducteur est constitué de fragments de l’œuvre de l’écrivain noir américain James Baldwin (1924-1987), lus en voix off par Samuel L. Jackson. Une œuvre jalonnée par les interrogations sur les rapports de forces entre Noirs et Blancs aux États-Unis. Pour Baldwin, la ségrégation raciale est l’un des péchés originels de son pays qui, plutôt que de construire une société apaisée, préfère perpétuer le mythe de races différentes et hiérarchisées pour mieux anesthésier toute velléité de rébellion contre l’hyperconsumérisme. Sur ces phrases à la rhétorique implacable, le cinéaste appose son contrepoint : il donne à voir cette société blanche idéale des publicités et des productions hollywoodiennes où les Noirs restent à la périphérie… sauf lorsqu’il s’agit de capturer les dollars du marché « ethnique » qu’ils représentent.

Alternent donc images blanches idylliques et séquences chocs de personnes de couleur lynchées, pendues ou battues. À la lumière du propos, certains films connus prennent aussi une tournure complètement nouvelle dans l’œil du spectateur : on se surprend alors à chercher de temps en temps un soupçon de noir parmi la blancheur éclatante de l’entertainment.

De ce tissage fin à l’écran des réalités parallèles que vit le pays, trois figures tutélaires émergent également : Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King. Tous trois assassinés pendant les années 1960, ils ont été à des degrés divers côtoyés par James Baldwin, qui souhaitait leur rendre hommage dans un livre resté inachevé. On comprend que leur dangerosité pour le système américain résidait dans leur dénonciation sans failles de la question raciale comme leurre, comme illusion d’optique destinée à cacher cette autre chose que Baldwin qualifie de grand vide émotionnel de la nation.

Il faut voir l’écrivain, dans les images d’archives, expliquer de façon lumineuse sa pensée critique. Habile, Peck le montre cadré de façon serrée lors d’un discours à forte charge affective à Cambridge pour mieux faire retentir les applaudissements finals d’un public… entièrement blanc. Tout est dit, et les images se marient à merveille au propos.

Dérangeant souvent, énervant parfois, manipulateur de temps en temps, habile toujours, « I Am Not Your Negro » est un film essentiel, qui permet à chacun de se confronter à ses stéréotypes en toute subjectivité revendiquée. Et c’est un grand bol d’air dans la production cinématographique actuelle qui souvent privilégie le consensus ou, à la rigueur, la provocation bon enfant. On se prend à rêver que d’autres cinéastes s’emparent de causes minoritaires tout aussi justes pour en tirer d’aussi intéressants pamphlets.

L’évaluation du woxx : XXX

Dat kéint Iech och interesséieren

KINOKULTURTIPP

Im Kino: The Chronology of Water

Kristen Stewart gibt mit „The Chronology of Water“ ein kompromissloses Regiedebüt. Die Adaption von Lidia Yuknavitchs Memoiren überzeugt jedoch weniger durch formale Konsequenz als durch die intensive Präsenz von Hauptdarstellerin Imogen Poots. Mit „The Chronology of Water“ legt Kristen Stewart ihr Regiedebüt vor – und zwar keines, das sich...

FILMKINO

Slow Cinema: Die Langsamkeit des Sehens

Filme mit langsamem Rhythmus werden seit den frühen 2000er-Jahren dem „Slow Cinema“ zugerechnet. Ein Blick auf das kontemplative Genre und zwei besondere Regisseure: Béla Tarr und Lav Diaz. Der Begriff „Slow Cinema“ ist einer mit diffusen Definitionsansätzen und sehr porösen Grenzen. Der vorliegende Beitrag ist gar nicht erst darum bemüht,...