Élections législatives en France : Tour à tour

von | 16.06.2022

Demi-succès de la gauche unie lors du premier tour, qu’elle doit transformer dimanche prochain. D’où l’importance des mobilisations et des consignes de vote.

3e circonscription de l’Yonne. Tout se jouera entre les numéros 2 (RN) et 8 (Ensemble), sans soutien direct de la Nupes (10). (Wikimedia ; François Goglins ; CC BY-SA 4.0)

Difficile de dire combien les petites phrases de Jean-Luc Mélenchon ont contribué à sa popularité et, indirectement, à la remontée électorale spectaculaire de la gauche française au premier tour des élections législatives de dimanche dernier. Ce qui est certain, c’est qu’elles sont une arme à double tranchant, nourrissant aussi l’antipathie de ceux et celles qui reprochent au leader de gauche son populisme et son arrogance. Et parfois, une petite phrase lui explose à la figure, comme lors d’une interview sur France 2 le lendemain du succès de la « Nouvelle union populaire écologique et sociale » (Nupes) : interrogé sur les perspectives pour le second tour, il a invité « les fachos pas trop fâchés » à voter pour la coalition de gauche.

Accusé de faire appel aux voix d’extrême droite par ses adversaires, Mélenchon a tenté de corriger le tir en affirmant s’être embrouillé : « J’en appelais aux fâchés pas fachos. Non l’inverse. » Qu’on trouve l’explication crédible ou pas, elle rappelle la dextérité du chef de file de la gauche… et les difficultés qu’affrontent les partis quand ils cherchent à mobiliser des voix supplémentaires pour le second tour de dimanche prochain. En effet, malgré le score impressionnant de la Nupes en nombre de voix, devançant légèrement la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron (« Ensemble ! »), seulement 4 sièges sur 577 lui ont été attribués au premier tour, et tout se jouera en ballottage entre les deux, rarement trois candidat-es les mieux classé-es. Le comportement de ceux et celles ayant voté pour des candidat-es éliminé-es sera important, tout comme une hypothétique mobilisation des abstentionnistes de dimanche dernier (52,6 pour cent, record historique).

Ce sont les consignes de vote d’« Ensemble ! » qui ont le plus été débattues ces derniers jours : il y a eu la recommandation de soutenir la gauche quand elle est face à l’extrême droite au second tour, mais aussi celle de n’accorder ce soutien qu’au « cas par cas », excluant des candidatures Nupes « antirépublicaines ». Bien entendu, aucun parti n’incite à voter pour le Rassemblement national (RN), à part lui-même. Mais ne pas appeler clairement à contribuer à sa défaite là où il affronte la Nupes peut être interprété comme un rapprochement de la droite, voire du centre, avec l’extrême droite. Cependant, l’indignation de la gauche par rapport à cette ambiguïté a un côté hypocrite : côté Nupes, pas de consigne claire non plus. Qu’on le regrette ou pas, le « front républicain » des années 2000 n’est plus qu’un lointain souvenir, alors que le RN est plus fort que jamais.

Dérives du centrisme

Au contraire, « Ensemble ! » rejoint aujourd’hui le discours traditionnel de la droite qui renvoie dos à dos « les extrêmes ». La formation centriste a aussi eu recours, lors des tentatives de s’adjuger la victoire du scrutin à coups de fake news, à des méthodes qu’on pourrait qualifier de populistes – un qualificatif habituellement réservé… aux extrêmes. Cela n’y changera rien : Macron, avec des résultats électoraux décevants, a déjà souffert en termes de légitimité politique et pourrait perdre sa majorité absolue dimanche prochain.

« Ça peut partir dans tous les sens », estime Patrick Lehingue, professeur de sciences politiques, interrogé par Mediapart. Et le journal en ligne décrypte la stratégie de Mélenchon pour maximiser les scores de la Nupes, affrontant « Ensemble ! » dans près de cinq cas sur six : « remobiliser les abstentionnistes, notamment chez les plus jeunes, et rallier la frange de l’électorat RN la plus sensible aux questions économiques et sociales, souvent dans un rejet viscéral du président de la République ». Les « fâché-es » feront-ils et elles la différence dimanche prochain ?

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