Arts pluriels : Les rayons X passés à la loupe

von | 15.01.2026

En Sarre, la Völklinger Hütte expose jusqu’en été « X-RAY. La puissance du regard Röntgen ». Une exposition qui va au-delà de la simple radiographie.

La salle des soufflantes et le court métrage « Sanctus », de la cinéaste expérimentale américaine Barbara Hammer, suggérant la fragilité de la structure du corps humain. (Photo : Nuno Lucas da Costa)

Les grandes découvertes sont souvent le fruit du hasard, et Isaac Newton n’aurait pas dit le contraire. Le physicien allemand Wilhelm Conrad Röntgen non plus, lorsqu’il découvrit pour la première fois les rayons X. Mais le choix du 8 novembre dernier pour l’inauguration de l’expo ne doit, lui, rien au hasard, puisque, exactement 130 années auparavant, Röntgen faisait des expériences autour des rayons cathodiques (qui allaient conduire à la télévision) et remarqua des rayons inhabituels capables de traverser le bois, le papier, le tissu et d’autres matières. Cela ne fonctionnait pourtant pas avec les os et la bague de sa femme, dont la main était placée entre un tube de Crooks (tube qui permet la circulation de rayons cathodiques) et une plaque photographique. Röntgen donna à ces rayons, inconnus jusqu’alors, le nom de « X », à l’instar de l’inconnue en mathématiques. De cette expérience adviendra la première radiographie de l’histoire, précieusement exposée à la Völklinger Hütte.

Cet épisode nous est didactiquement raconté à travers une installation artistique de grandes dimensions et en forme de BD du célèbre dessinateur allemand Jens Harder. Après ce prologue vient un parcours démonstratif de 18 actes (chapitres, selon le curateur) sur 6.000 mètres carrés dans toute l’emblématique salle des soufflantes et dans la salle de compression de l’ancienne aciérie sarroise. D’une radiographie du thorax de Marilyn Monroe herself à une chapelle aux vitraux décorés de radiographies profanes de l’artiste subversif belge Wim Delvoye, que les Luxembourgeois connaissent bien, en passant par le squelette d’un poulet d’élevage de plus de sept mètres conçu en 3D, jusqu’à des tableaux de Frida Kahlo et d’Edward Munch, des récits de Thomas Mann, des satellites télescopiques : dans un même espace, tout gravite autour de la découverte de Wilhelm Conrad Röntgen.

Indéniablement, le public verra ainsi que les rayons X n’illuminèrent pas seulement la médecine avec des méthodes de diagnostic complètement nouvelles, mais inspirèrent aussi transversalement des musiciens, des réalisateurs de cinéma, des caricaturistes, des architectes, des ingénieurs ou encore des créateurs de mode. Toutes et tous sont présent·es à la Völklinger Hütte, au nombre de 79 et venant de 27 pays différents.

Pour couronner le tout, une salle de cinéma s’invite dans la salle de compression, projetant des extraits de cinq films que les cinéphiles apprécieront et dont les scènes affichent des références aux rayons X, notamment l’incontournable et intemporel « X : The Man with the X-Ray Eyes » de Roger Corman, ou encore « Total Recall » de Paul Verhoeven et « Alien 3 » de David Fincher.

Caricature d’Adam Zyglis, dessinateur du quotidien américain « The Buffalo News » et lauréat du prix Pulitzer en 2015. (Photo : Nuno Lucas da Costa)

Dérives obscures

Il faut applaudir l’audace du curateur Ralf Beil (également directeur général du site), qui consacre pour la première fois une exposition au phénomène des rayons X, un sujet de prime abord peu artistique. Bien sûr, dans le domaine des applaudissements, ne perdons pas de vue le professeur Wilhelm Röntgen, qui à l’époque refusa de breveter sa découverte, laquelle put ainsi profiter non seulement à la médecine, mais aussi à d’autres disciplines scientifiques. Le physicien de l’université de Würzburg reçut plus tard, en 1901, le premier prix Nobel de physique.

Toutefois, toute innovation digne de ce nom connaît bien souvent un revers de la médaille. L’expo nous présente un article accablant du magazine allemand « Der Spiegel » datant de 1999 (dix ans après la chute du mur de Berlin), selon lequel trois éminents dissidents allemands de l’ancienne RDA seraient incompréhensiblement décédés suite à des formes de cancer dans un court espace de temps. Il s’avère que les trois, lors de leur arrestation par la Stasi et lorsqu’ils furent pris en photo, furent impactés par des rayons X au niveau de la tête, au moyen d’un appareil dissimulé derrière un faux mur. En effet, la Stasi était consciente des dangereux effets des rayons X à haute dose.

Les nazis en firent également un ténébreux usage auprès de leurs prisonnier·ères. L’expo nous présente un article datant de 2001 de l’« Hamburger Abendblatt », où un ancien prisonnier du camp de concentration de Neuengamme témoigne des expériences insoutenables menées sur des enfants par le médecin nazi Kurt Heißmeyer.

Pour sortir de ce récit pour le moins lugubre, les rayons X furent également utilisés à bon escient sur les ouvriers de la salle des soufflantes de la Völklinger Hütte, qui disposait d’appareils conçus spécialement pour des tests de dépistage de la tuberculose. D’ailleurs, un vitrail de l’artiste allemand Christoph Brech, conçu pour l’expo et où figurent des radiographies thoraciques des ouvriers d’antan, leur rend et leur rendra perpétuellement hommage.

« Rendre visible l’invisible »

Toute banale définition des rayons X nous apprend qu’il s’agit de « rayonnements électromagnétiques à haute fréquence et à courte longueur d’onde, invisibles à l’œil humain, pouvant traverser la matière, mais atténués différemment selon la matière ». Et ici, beaucoup se remémorent leur choix de ne pas avoir opté pour les sciences lors de leur parcours scolaire. De façon immersive, l’expo nous en apprend un peu plus, et chacun·e, tout néophyte qu’iel soit, en sortira grandement plus instruit·e, apprenant que les rayons X ne se résument pas à une banale radiographie à l’hôpital ou au passage de la sécurité dans les aéroports.

Autour des rayons X peuvent ainsi jaillir non seulement des élucubrations métaphysiques, mais aussi métaphoriques. Que dire, si, à l’instar de l’homme aux « X-Ray Eyes », nous pouvions faire usage de lunettes non pas pour percer les différentes matières, mais pour détecter par exemple toutes sortes de baratins, que ce soit dans la publicité, en politique ou tout simplement dans les récits de la voisine d’à côté, du collègue de travail ou du conjoint infidèle ? Certain·es parmi les plus affûté·es d’entre nous parviennent déjà aisément à lire entre les lignes, contrairement à certaines âmes moins avisées. Cela dit, on ne peut que souscrire aux propos de Ralf Beil, selon lequel le but de cette immense exposition serait de « rendre l’invisible visible et que nous appréhendions notre monde de manière différente, car il a plus de dimensions et de couches profondes que nous le croyons ». Le visiteur se souviendra certainement du vieil adage selon lequel « il ne faut pas se fier aux apparences ». C’est aussi cela la force (peu palpable) des rayons X, dits de Röntgen.

« X-RAY. La puissance du regard Röntgen », à la Völklinger Hütte jusqu’au 16 août 2026.

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