CEDRIC KAHN: Je t’aime, moi non plus

von | 11.09.2009

« Les Regrets », avec Yvan Attal et Valeria Bruni-Tedeschi : Un mélodrame nerveux qui ose le pathétique sans tomber dans le ridicule.

Ni avec, ni sans les détours de l’amour et de l’attraction sont au centre du nouveau film de Cédric Kahn.

Mathieu Lievin (Yvan Attal), un architecte parisien, revient dans la petite ville où il a grandi pour assister sa mère mourante. Dans la rue, il tombe sur Maya (Valeria Bruni-Tedeschi), son amour de jeunesse. Bien que les deux ne se soient pas revus depuis une quinzaine d’années, bien qu’ils aient refait leur vie et soient tous deux mariés, ils vont reprendre leur relation là où ils l’avaient abandonnée : dans la passion et la douleur.

« Les regrets », de Cédric Kahn, est l’histoire d’un amour inachevable, d’une attraction irrésistible qui pousse deux êtres l’un vers l’autre sans pouvoir les rassasier, ni les rasséréner. Il y a toujours un non-dit, une méfiance qui va les faire se repousser, jamais suffisamment toutefois pour créer une rupture nette. Un « ni avec toi, ni sans toi », qui a valu au film d’être comparé à « La Femme d’à côté » de François Truffaut – une filiation d’ailleurs revendiquée par le réalisateur. Mais il y a une différence notable. Truffaut avait respecté les codes classiques de la tragédie grecque. Il avait pris de la distance, confiant à une narratrice le récit d’une histoire dont la fin se voulait édifiante. Cédric Kahn ne passe lui par aucun intermédiaire et n’assène aucune morale. Etant aussi l’auteur du scénario, il prend au contraire un malin plaisir à asseoir conséquemment son ascendant sur ses personnages. Tel un Dieu manipulateur il se joue d’eux et leur refuse tout répit, toute rédemption – en bref – toute catharsis ; jusqu’à une fin, qui ne sera pas révélée ici, mais au sujet de laquelle ont peut dire qu’elle a quelque chose de furieusement ironique. Après tout, ses personnages ne se laissent-ils pas eux-mêmes manipuler ? Leurs déchirements ne sont-ils pas l’expression d’une intense envie de vivre ? C’est cette dimension qui permet au film d’oser le pathétique sans jamais tomber dans le ridicule.

Et puis, lorsque Cédric Kahn s’attaque pour la première fois à cette planche savonneuse qu’est le mélodrame, il le fait en restant fidèle à certaines lignes de forces de ses films précédents. Sur le fonds, l’on retrouve, comme dans « L’Ennui » ou « Feux rouge », un homme qui dévie l’axe de son existence rangée. Pour l’illustrer, la mise en scène évite le psychologique pour favoriser les situations et les ruptures. Ce qui est frappant, c’est que l’on fait face ici à un film d’amour rythmé comme un thriller, qui s’articule autour de démarrages agressifs, de coups de freins soudains, de demi-tours impulsifs et de bruits de portières qui claquent. Car l’on roule beaucoup dans cette histoire qui se partage entre Paris et la province et où, plus métaphoriquement, les personnages sont embarqués à bord d’une machine dont ils tentent désespérément de reprendre le contrôle. L’expression « transport amoureux » prend ainsi un sens littéral et ce sont les vrombissements des moteurs qui expriment ces sentiments, qui sourdent et que les mots seuls ne sauraient dire suffisamment.

Le film doit aussi beaucoup à ses deux interprètes principaux, qui n’ont pas hésité à se mettre en danger en interprétant ces deux êtres déboussolés – légèrement masochistes aussi -, qui vont se laisser entraîner par leur passion jusqu’à l’hystérie et à l’humi-liation. Deux bémols néanmoins : premièrement l’image. Celle-ci est d’un gris délavé et sans recherche ce qui rend le film inutilement terne. Deuxièmement, les accélérations répétées de la mise en scène tendent à mettre en évidence les longueurs de ce film. Ces points étant soulignés, il reste à dire que « Les Regrets » est une oeuvre magnifique au sujet du mal d’aimer, qu’elle présente comme la plus superficielle et pourtant la plus profonde des souffrances humaines, la disant incapable d’offrir le Salut tout en en faisant la négation la plus radicale de la mort.

« Les Regrets », à l’Utopia.

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