UNIVERSITE DE LUXEMBOURG: DĂ©velopper des centres d’excellence

von | 23.11.2001

Le projet d’une UniversitĂ© au Luxembourg est en marche. Le woxx s’est entretenu avec Jean-Paul Lehners sur la direction prise et les dĂ©fis de l’avenir.

woxx: OĂą en est le projet de l’UniversitĂ© de Luxembourg aujourd’hui?

Jean-Paul Lehners: Au printemps la Ministre de l’Enseignement supĂ©rieur a prĂ©sentĂ© le projet lors d’une confĂ©rence de presse. BientĂ´t un nouveau projet de loi sera dĂ©posĂ©, et, si tout va bien, la nouvelle loi sur l’enseignement supĂ©rieur sera adoptĂ©e avant l’Ă©tĂ© 2002.

Entre-temps la crĂ©ation de nouvelles filiĂ©res et l’extension des filières existantes se poursuit. Par exemple en Lettres et Sciences humaines, nous proposons des premiers cycles complets dans sept matières. L’annĂ©e prochaine nous proposons un troisième cycle de psychobiologie avec l’universitĂ© de Trèves. Nous avons Ă©galement des projets en lettres françaises et en histoire, ainsi que deux formations continues, un master en gĂ©rontologie et un en mĂ©diation.

Les seconds cycles sont-ils délaissés?

Au niveau des seconds cycles nous avons une maĂ®trise en gestion, option finances internationales et une licence en philosophie avec l’universitĂ© de Metz. Il est vrai que le gouvernement a dit qu’il souhaitait sauvegarder la mobilitĂ© des Ă©tudiants luxembourgeois, considĂ©rĂ©e comme un atout. Dans cette logique, l’Ă©tablissement de seconds cycles peut apparaĂ®tre comme non souhaitable. Mais je pense qu’on pourrait garantir la mobilitĂ© autrement: par exemple en proposant l’ensemble d’un cursus au Luxembourg, mais en exigeant que l’Ă©tudiant s’expatrie pour une annĂ©e au moins durant cette formation.

Les seconds cycles au Luxembourg ne sont-ils pas importants pour attirer davantage d’Ă©tudiants originaires du Luxembourg?

Faut-il favoriser le type de l’Ă©tudiant sĂ©dentaire? Celui qui veut habiter chez ses parents, ne pas quitter son milieu habituel, qui manque d’initiative, de goĂ»t des responsabilitĂ©s, d’indĂ©pendance, de crĂ©ativitĂ©? Evidemment, au-delĂ  de l’attitude individuelle, il y a l’origine sociale qui joue. Si c’est le manque d’argent qui empĂŞche des jeunes de se dĂ©placer pour leurs Ă©tudes, il faut y rĂ©pondre par le système des prĂŞts et des bourses. Si c’est un problème de mentalitĂ©, c’est plus difficile.

Est-ce que les seconds cycles ne manqueront pas Ă  l’UniversitĂ© de Luxembourg?

Il est vrai que l’extension des seconds cycles ne se fera que lentement. Mais la logique du projet, celui d’une „research led university“, conduit Ă  une universitĂ© oĂą ce sont les troisièmes cycles et la recherche qui jouent un rĂ´le moteur. L’idĂ©e est de dĂ©velopper des centres d’excellence autour de quelques axes forts. Dans mon dĂ©partement, ce sera d’une part la littĂ©rature comparĂ©e, oĂą nous avons l’avantage du plurilinguisme qui permet d’Ă©tudier plusieurs littĂ©ratures dans leur langue d’origine. D’autre part nous organisons des enseignements et des recherches autour de l’axe interdisciplinaire „rĂ©gion frontière – rĂ©gion carrefour“.

L’annĂ©e dernière, lors de la table-ronde organisĂ©e par woxx, vous avez regrettĂ© l’absence d’un esprit de campus. Et aujourd’hui?

Cela me manque toujours. Il faudra certainement des enseignants qui s’intĂ©ressent Ă  la recherche et Ă  l’enseignement et qui sont prĂŞts Ă  se dĂ©vouer Ă  ce projet. Il faudra aussi des Ă©tudiants prĂŞts Ă  rompre avec l’esprit de l’enseignement secondaire, mĂŞme s’ils restent au Luxembourg. Bien entendu, il faut aussi attirer des Ă©tudiants Ă©trangers. Mais de mĂŞme qu’on n’interdit pas aux Messins de faire leurs Ă©tudes Ă  Metz, l’UniversitĂ© de Luxembourg devra bien s’accomoder d’Ă©tudiants luxembourgeois.

Il faut aussi dĂ©velopper les infrastructures nĂ©cessaires: une bibliothèque avec des heures d’ouverture rĂ©alistes, des lieux de loisir et de rencontre, et surtout des logements. Il est par exemple souhaitable que des Ă©tudiants luxembourgeois puissent avoir leur propre logement. Favoriser un esprit de campus suppose des investissements dans ces infrastructures.

Le problème de la bibliothèque se pose depuis longtemps …

Cela n’est pas facile. Par exemple, nous avons envisagĂ© d’engager des Ă©tudiants pour assurer la surveillance. Nous Ă©tions pleins de bonne volontĂ©, mais cela nous est interdit par le droit du travail, selon lequel les Ă©tudiants ne peuvent travailler que pendant les vacances – une disposition qui ne correspond peut-ĂŞtre pas Ă  un esprit universitaire. Il faut continuer Ă  chercher des solutions.

Quelles sont les qualités qui seront demandées aux enseignants?

Jusqu’ici, une grande partie des enseignants actifs n’avaient pas la possibilitĂ© d’exercer pleinement leur profession Ă  l’intĂ©rieur du Centre universitaire. Cela va changer. Plusieurs dizaines d’enseignants seront nommĂ©s Ă  plein temps ici, sans attache Ă  un lycĂ©e. Cela reprĂ©sentera un saut qualitatif. Il faudra se sĂ©parer mentalement aussi du secondaire, par exemple en traitant les Ă©tudiants comme des adultes. Parmi les tâches des enseignants-chercheurs il y a d’ailleurs le tutorat. Et puis la recherche, qui compte pour 50 pour cent de la tâche. On ne veut pas d’enseignants qui ne font pas de la recherche. Pour le moment on ne veut pas non plus de chercheurs qui ne font pas d’enseignement.

Quelle est votre vision d’avenir pour l’UniversitĂ© de Luxembourg?

Je souhaite que nous oeuvrions Ă  la crĂ©ation d’un campus et d’un esprit universitaire. Et que nous nous concentrions sur quelques axes pour crĂ©er des centres d’excellence. Mon rève serait que d’ici dix ans, dans certains domaines, un Ă©tudiant europĂ©en se dise: si je veux Ă©tudier telle discipline, je dois aller au Luxembourg. Ou – plus modestement – que le Luxembourg figure parmi les universitĂ©s qu’il doit prendre en considĂ©ration.

Quels sont ces axes?

Evidemment, c’est le droit europĂ©en, c’est l’Ă©conomie et la finance. Mais il ne faut pas nĂ©gliger les sciences, oĂą des acquis et des compĂ©tences existent dĂ©jĂ . Et puis il y a les lettres et les sciences humaines. Elles peuvent offrir un service important Ă  la sociĂ©tĂ©, en expliquant et en proposant des solutions, entre autres dans le domaine de la cohĂ©sion sociale. La vie dĂ©passe le simple cadre matĂ©riel. Si on veut par exemple analyser ce qui s’est passĂ© le 11 septembre, si on veut comprendre le monde contemporain, si on veut rĂ©futer ou dĂ©passer des modèles d’explication comme celui du choc des civilisations, il faut s’intĂ©resser aux lettres et aux sciences humaines.

Interview: Raymond Klein

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