LAÏCITE: L’effet AHA

von | 29.10.2010

L’alliance des humanistes, athées et agnostiques (AHA) qui s’est présentée cette semaine se veut le lobby des non-croyant-e-s face à une société restée très cléricale. Pourtant, elle doit encore faire ses preuves.

« Contrer les attaques contre les athées dans une certaine presse et prendre la parole pour celles et ceux qui n’adhèrent à aucune religion », telles sont en gros les missions que s’est octroyées l’AHA, selon son président, le biologiste Laurent Schley. L’alliance, qui s’est présentée ce mercredi à la presse lors d’une conférence, veut faire souffler un vent nouveau sur l’anticléricalisme luxembourgeois, un mouvement qui s’est un peu sclérosé ces dernières années, malgré quelques sursauts comme le prouvent les initiatives « trennung.lu » et « fräiheet.lu ». Toutefois, il faut relever que derrière ces deux initiatives se trouve plus ou moins le même groupe de personnes qui officie désormais sous la bannière de l’AHA. Le monde laïciste au Luxembourg reste petit.

Pourtant, on peut se demander pourquoi ces personnes ne se sont pas jointes à « Liberté de conscience » (Libco), qui combat depuis belle lurette la mésalliance entre église et Etat et l’influence ecclésiastique. Visiblement, Laurent Schley était préparé à cette sorte de question – voire de reproche, puisqu’il ne fait jamais bien d’apparaître divisé contre un ennemi commun. Il y oppose deux pistes de réponse, d’abord « Libco ne se revendique seulement du laïcisme à l’état pur, alors que l’AHA veut couvrir plus de domaines dans la société. C’est pourquoi nous voulons travailler main dans la main avec eux, sans pourtant tout partager. Evidemment, ce serait stupide de notre part de s’opposer à Libco ». En effet, le programme de l’AHA se divise en quatre grands chapitres : savoir au lieu de croire, l’éthique sans dogmes, les rituels sans références religieuses et la séparation entre l’église et l’Etat. Mais quand il évoque les raisons d’être de son alliance, il parle aussi d’une « certaine mode humaniste qui s’est amplifiée ces dernières années en Europe et surtout en Angleterre, ainsi qu’en Allemagne. Et nous avons constaté qu’aucun mouvement similaire n’existait au Luxembourg».

Schley se réfère surtout à la British Humanist Federation (BHF), qui il y a quelques années, avait beaucoup fait parler d’elle avec une campagne d’affichage sur les bus londoniens – les réactions très hostiles aux slogans qui mettaient en question l’existence de dieu avait fait éclater au grand jour l’ancrage profond des sentiments religieux dans la société et la haine qui peut en découler. Il ne reste qu’à la AHA qu’à prouver qu’elle n’est pas simplement une filiale luxembourgeoise de la BHF ou de la Giordano-Bruno-Stiftung allemande. Cela serait méconnaître la situation spéciale du grand-duché qui reste un des pays les plus farouchement catholiques d’Europe, où l’église ne se prive guère d’intervenir de façon offensive dans le débat public, comme c’est le cas avec l’avortement.

Pourtant, quand le secrétaire général Manuel Huss assure que « L’AHA est transparente. Il n’y a pas d’autres organismes derrière nous », on ne peut s’empêcher de penser au fait qu’il est personnellement lié à Déi Gréng – pour lesquels il était entre autres candidat aux dernières élections européennes. Ou à la vice-présidente Taina Bofferding, présidente des jeunes socialistes. Si les carrières politiques des numéros deux et trois de la nouvelle alliance se situent – plus ou moins – dans la lutte pour une société laïque, c’est une autre membre du comité de l’AHA qui pose un peu plus de problèmes. Sachant que l’AHA a copié une bonne partie de ses déclarations de principe de la Giordano-Bruno-Stiftung – ils seraient tout simplement parfaits, déclarait Manuel Huss – il est pourtant troublant de savoir que le médecin Fiona Lorentz – membre du comité de l’AHA – est aussi encartée à la fondation allemande.

Le danger de n’être qu’une pâle copie de ce qui se fait chez nos voisins est donc sinon élevé, du moins pertinent – surtout si le premier conférencier invité par l’AHA est le très médiatique Michael Schmidt-Salomon, le directeur de la Giordano-Bruno-Stiftung? Alors que le Luxembourg mériterait vraiment une approche à part. Il convient donc de laisser à l’AHA de faire ses preuves, car ils ont bien du pain sur la planche : par exemple, le 2 novembre prochain où aura lieu une conférence créationniste à l’auberge de jeunesse de la ville de Luxembourg.

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