NUCLÉAIRE: Europe irradiante

von | 04.11.2010

Réglementer la gestion des déchets nucléaires au niveau européen semble être une bonne idée. En choisissant de promouvoir leur enfouissement, la Commission s’expose à de vives critiques.

Assistons-nous au retour du nucléaire en Europe ? Après la décision en juin du parlement suédois d’envisager à nouveau la construction de nouvelles centrales, voici que le gouvernement allemand vide de sa substance la loi de sortie adoptée par le Bundestag en 2002. La Finlande et la France sont en train de construire un « Réacteur pressurisé européen » (EPR), et le Royaume-Uni, l’Italie ainsi que la Pologne ont des projets allant dans le même sens.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette évolution : le désir de réduire la dépendance des hydrocarbures, la pression de réduire les émissions de CO2 et l’effacement progressif du souvenir du cauchemar atomique de Chernobyl en 1986. Ce qui n’a par contre pas changé, ce sont les difficultés posées par la technologie nucléaire : sécurité face à des processus physiques qui restent mal compris, danger de prolifération de matières fissiles et coûts difficiles à maîtriser sans l’intervention massive de financements publics à tous les niveaux. Surtout, un problème d’envergure directement proportionnelle au succès de la technologie n’a toujours pas trouvé de solution : celui des déchets radioactifs.

Au niveau de l’Union européenne, quelque 140 centrales produisent ou ont produit des déchets nucléaires dont on ne sait que faire. « Il est inacceptable que plusieurs décennies après que l’énergie atomique fait partie de notre approvisionnement énergétique (…) il faudra encore des années ou des décennies avant de disposer d’un plan de stockage et de sites de stockage opérationnels. » La critique ne provient pas d’une ONG antinucléaire, mais du commissaire européen à l’énergie, Günter Oettinger. Mercredi dernier, il a présenté un projet de directive visant à l’harmonisation des législations en la matière. Chaque pays devra établir un plan de gestion des déchets radioactifs générés et se soumettre à une certaine transparence. La Commission européenne favorise l’enfouissement comme solution de longue durée. Ce choix entame la crédibilité du discours sur le retraitement et la surrégénération, qui a joué un rôle important dans la promotion de l’énergie atomique en France.

Mais plutôt que de s’en réjouir, les écologistes critiquent vivement le texte d’Oettinger. D’une part, la directive ne serait pas suffisamment claire en matière d’exportation de déchets. Greenpeace exige de manière plus générale que les règles communautaires pour d’autres déchets dangereux soient intégrés dans le nouveau texte.

Mais ce qui fait avant tout l’objet de critiques, c’est l’assurance avec laquelle la Commission affirme que l’enfouissement serait la meilleure méthode de gérer les résidus nucléaires. La Deutsche Welle cite l’expert Stefan Alt de l’Oeko-Institut, qui met en garde contre les incertitudes liées à la toxicité de longue durée – 100.000 ans et plus – et se prononce contre un enfouissement irréversible.

Or, rendre inaccessibles les déchets présenterait un intérêt notable pour l’industrie : cela permettrait de plafonner les dépenses pour leur stockage et de faire apparaître les coûts de la filière nucléaire comme prévisibles. Surtout, cela permet de les faire disparaître – du moins symboliquement – sans laisser de traces. Greenpeace cite un Eurobaromètre d’après lequel la question des déchets serait l’un des obstacles majeurs à l’acceptation du nucléaire. Et de conclure que la proposition de directive « n’est guère plus qu’un exercice de relations publiques visant à convaincre les Européens que le problème des déchets radioactifs serait gérable ».

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