PRÉSIDENTIELLES AMÉRICAINES: Consensus étranges

von | 28.09.2012

La fièvre électorale américaine ne s’arrête pas aux frontières grand-ducales. Ce mercredi, deux ONG américaines – l’une représentant les démocrates, l’autre les républicains – ont organisé un débat public.

L’endroit où a lieu le débat – l’auditoire Tavenas de l’université du Luxembourg, qui en fait est une ancienne église – va comme un gant au débat opposant des représentants des « Democrats Abroard » aux « Republicans Abroad ». Du moins, le bon dieu veillera sur les joutes verbales des jeunes et moins jeunes Américains qui feront tout pour persuader le public que le futur des Etats-Unis serait mieux si leur candidat était élu. Présidé par un employé de l’ambassade américaine, le débat dont les règles sont très strictes, oppose deux équipes de deux membres. Et vu que derrière chaque stéréotype, il y a un grain de vérité – d’ailleurs l’événement a été sponsorisé par Pizza Hut – les deux républicains, masculins, sont issus du monde militaire, tandis que chez les démocrates on trouve un syndicaliste et une étudiante.

Le tout a été organisé autour de trois thèmes : le second amendement de la constitution américaine, celui qui vous autorise à porter votre flingue, la politique de santé, donc les avantages du fameux Obamacare et puis le rôle des Etats-Unis dans le monde.

Pour un spectateur européen, cela peut sembler un peu surprenant qu’on laisse de coté des thèmes comme l’influence du Tea Party, la folie religieuse des militants anti-avortement et autres thèmes qu’on relie plus délibérément à l’actualité américaine. Plus surprenant tout de même a été la réaction des deux parties au premier thème. Alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que les démocrates attaquent la National Rifle Association (NRA, l’association proche des républicains, qui défend farouchement le droit au flingue) et se disent prêts à enfin légiférer contre le port d’armes, il n’en était rien. « Le droit à porter une arme est tellement important aux Etats-Unis, que cela ne va certainement pas changer », disait le représentant démocrate. Donc, pas de mise en question de cette curieuse « avancée » civisilationnelle américaine. Tout juste quelques différences sur comment « améliorer » l’usage des armes à feu : tandis que les démocrates veulent légiférer davantage, les républicains s’y refusent et veulent avant tout mieux appliquer les lois existantes.

Le thème suivant cachait un peu plus de dynamite : le fameux Obamacare, que les républicains ont combattu comme le diable en personne. Ici, une nuance surprenante des républicains fait sursauter le spectateur européen. En effet, leur candidat Mitt Romney avait, en tant que gouverneur du Massachusetts, introduit une couverture santé avant même Obama. Celle-ci était universelle, mais avait laissé la porte ouverte aux marchés privés avec un minimum de contrôle gouvernemental. Selon eux, cela aurait dû être la marche à suivre. Pour les démocrates bien sûr, l’Obamacare est un – sinon le – symbole de la présidence de leur candidat et le fait que les six millions d’Américains sans couverture santé soient maintenant assurés est une victoire obtenue après un très long combat.

Plus de différences encore sur le troisième thème. Là, le représentant républicain n’a pas rechigné à défendre le bilan de George W. Bush, ce qui curieusement n’a mené à aucune réaction du public. Alors qu’aux Etats-Unis, le parti républicain fait tout pour éviter ne serait-ce que l’évocation de son nom pendant les meetings de campagne. Pour lui, la politique extérieure du président Obama serait mi-figue, mi-raisin et manquerait de contours : « Honnêtement, si on me demande où va la politique extérieure sous Obama, je dois admettre que j’en ai aucune idée », admet l’un d’eux. Tandis que Romney serait plus ferme avec l’Iran, interviendrait probablement en Syrie et jouerait le rôle de « l’arbitre mondial » qui, selon les républicains, reviendrait aux States. Les démocrates voient cela bien sûr d’un autre point de vue, mais au final, ils n’en savent pas plus que leurs adversaires, excepté que « cela nous a pris quatre ans pour restaurer un tant soit peu notre réputation dans le monde ». Et de revendiquer une vision des affaires extérieures qui prend en compte la complexité du monde et qui refuse le manichéisme.

En somme, un débat peut-être pas terriblement original, mais qui a été l’occasion de voir d’un peu plus près ce qui émeut les Américains juste avant de choisir le nouveau « leader du monde libre », à condition qu’ils aillent voter bien sûr.

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