Mudam : Après la libéralisation, la commercialisation

von | 15.04.2019

On savait le projet dans les starting-blocks depuis la fin de l’année dernière, le voilà devenu réalité : pour « Fresh Windows » le musée d’art moderne s’associe à l’Union Commerciale de la Ville de Luxembourg.

(©mudam)

Faire du Mudam un musée pour toutes et tous, attirer un public différent et peu enclin à explorer les questionnements que nous pose l’art contemporain est une noble idée et en même temps une affaire délicate. Et décidément, le Mudam n’a pas toujours une main heureuse.

Il y eût d’abord le mini-scandale concernant la colonne publicitaire exposée à l’aéroport du Findel et son inscription « Open to Art Haters » autour du nouveau – et insipide – logo du musée. En effet, se dire ouvert à celles et ceux qui haïssent l’art, c’est un peu se foutre de cette frange du public qui n’y a pas accès socialement et intellectuellement – mais qui pourtant paie les belles sauteries privées par le biais de ses impôts. Et maintenant donc, les « Fresh Windows ».

(©facebook)

C’est quoi ? D’après le communiqué du Mudam, le programme sert à : « dialoguer autour de la question du goût personnel, de la valeur et de la place de l’art contemporain dans notre vie quotidienne ». Le quotidien de qui ? Eh bien ! des personnes qui font du shopping chez Longchamp, se refont une beauté à l’institut Annette Weber-Krier, boivent un coup pour se relaxer à la Vinoteca ou au Scotch & Soda avant de s’approvisionner chez Kaempf-Kohler ! Certes, on trouve des adresses plus « profanes » dans la liste (la boulangerie Fischer ou des magasins PhoneSmart). Pourtant la majorité vise une clientèle aisée ou HNWI, comme on la nomme dans ces parages.

D’ailleurs, on est en droit de se demander depuis quand le goût personnel est devenu une question fondamentale de l’art contemporain. Même s’il faut dire que ça colle bien avec le public voire la clientèle visés… En effet, si le Mudam avait vraiment voulu s’ouvrir à celles et ceux qui ne poussent pas habituellement ses portes vitrées, il aurait installé ses œuvres dans des endroits plus insolites, comme dans des cafés d’immigré-e-s à Bonnevoie, des supermarchés chinois dans le quartier de la gare et (pourquoi pas ?) dans les locaux de la Wanteraktioun ou de la Fixerstuff tant qu’on y est.

Car c’est bien le public qui fréquente ces lieux dont les droits culturels restent bafoués, puisqu’ici on l’exclut encore une fois de l’art contemporain, cette fois-ci socialement. Décidément, le marketing du Mudam ferait mieux de regarder plus loin que le bout de son assiette design…

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