Apess : Professeurs putschistes ?

von | 25.07.2016

L’accord de juillet 2015 entre Claude Meisch et les syndicats de profs continue de semer la discorde jusque chez ces derniers. Au sein de l’Apess, deux fractions se combattent dĂ©sormais Ă  visages dĂ©couverts.

Le « seul syndicat de profs indépendant » survivra-t-il à la bataille que se livrent pro- et anti-Reding ? (Photo : Apess)

Le « seul syndicat de profs indépendant » survivra-t-il à la bataille que se livrent pro- et anti-Reding ? (Photo : Apess)

Le woxx l’avait un peu prĂ©dit : « Les syndicats affaiblis », titrions-nous aprĂšs la signature de l’accord entre le ministre de l’Éducation et l’« intersyndicale » regroupant les syndicats d’enseignants SEW, Feduse et Apess en juillet 2015. En leur forçant la main pour qu’ils signent, alors que la grande majoritĂ© des enseignants y Ă©taient opposĂ©s, Meisch pouvait espĂ©rer dĂ©lĂ©gitimer les syndicats durablement : c’est ce que nous disions Ă  l’époque. Un an plus tard, au sein de l’Apess, deux fractions se combattent dĂ©sormais Ă  visages dĂ©couverts.

Sur le ring : le comitĂ© exĂ©cutif actuel autour de son prĂ©sident Daniel Reding, Ă  la tĂȘte du syndicat depuis huit ans, et un groupe de membres menĂ© par le professeur de mathĂ©matiques AndrĂ© Berns, opposĂ© Ă  l’accord du 31 juillet 2015 et bien dĂ©cidĂ© Ă  obtenir la tĂȘte de Reding.

Les 400 votes par procuration

Une assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale ordinaire le 25 mars aurait dĂ» voir l’élection d’un nouveau comitĂ© exĂ©cutif. Les candidats : le comitĂ© exĂ©cutif actuel et quatre membres frondeurs, partisans d’une ligne dure envers le ministĂšre. L’assemblĂ©e a, elle, eu lieu dans un hĂŽtel, contrairement Ă  ce qui Ă©tait d’usage ces derniĂšres annĂ©es. De plus, un service de sĂ©curitĂ© privĂ© aurait Ă©tĂ© engagĂ© et aurait interdit l’entrĂ©e Ă  des personnes ne figurant pas sur la liste des membres. Une liste que personne, Ă  part le comitĂ© exĂ©cutif, n’aurait jamais vue et qui n’aurait pas Ă©tĂ© actualisĂ©e depuis longtemps, selon les quatre candidats anti-Reding. « Bien Ă©videmment, nous n’allons pas divulguer la liste de nos membres », explique Reding, « pour des raisons Ă©videntes de protection des donnĂ©es. »

Le comitĂ© exĂ©cutif se fĂ©licite de sa dĂ©cision d’engager des agents de sĂ©curité : « Heureusement qu’un service de sĂ©curitĂ© Ă©tait sur place lors de l’AG pour ‘filtrer’ les personnes dĂ©missionnaires, n’ayant pas cotisĂ© ou n’ayant jamais Ă©tĂ© membres. » Par ailleurs, les actuels dirigeants reprochent Ă  l’équipe d’AndrĂ© Berns d’avoir voulu infiltrer des non-membres afin de faire pencher la balance en sa faveur. « Nous Ă©tions informĂ©s de cette tentative de putsch Ă  venir », dit Daniel Reding.

L’équipe Reding, sĂ»re d’elle, aurait voulu faire usage d’environ 400 votes par procuration, selon les frondeurs. Or, les statuts de l’Apess indiqueraient que chaque membre prĂ©sent ne peut introduire qu’un seul vote par procuration. Dans la salle, il y aurait eu
 120 personnes. Ce que n’ont pas manquĂ© de faire remarquer des partisans de la fraction anti-Reding, mais aussi le bureau de vote de l’Apess. Par ailleurs, lesdits statuts auraient disparu du site internet de l’Apess.

« Les statuts n’ont pas disparu, nous avons rĂ©organisĂ© notre site », affirme Reding. « Et pour ce qui est des procurations, c’est une pratique qui existe depuis longtemps au sein de l’association et qui n’a jamais posĂ© problĂšme. »

L’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale ordinaire aurait donc pris la dĂ©cision de reporter le vote Ă  une nouvelle assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale dans un futur proche. Cette assemblĂ©e aurait dĂ» avoir lieu avant l’étĂ©. Depuis, plus rien. Selon l’argumentaire du comitĂ© exĂ©cutif faisant fonction, ce report serait dĂ» Ă  des « problĂšmes de statuts » apparus au cours d’un procĂšs impliquant l’Apess.

Les « problÚmes de statuts »

Le syndicat est, en effet, impliquĂ© dans un procĂšs qui l’oppose Ă  l’État luxembourgeois. Au cours de ce procĂšs, l’avocat reprĂ©sentant l’État a fait valoir l’argument selon lequel « la partie Apess – dont les statuts ne sont pas conformes Ă  la loi – ne saurait se prĂ©valoir de la capacitĂ© d’agir en justice, faute de personnalitĂ© juridique ». Selon le comitĂ© exĂ©cutif actuel, ces problĂšmes de statuts n’ont Ă©tĂ© identifiĂ©s que le 23 mars, soit deux jours avant l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale.

Or, argumentent les adversaires de Reding, pour pouvoir changer les statuts, il faudrait dĂ©jĂ  qu’un nouveau comitĂ© exĂ©cutif soit Ă©lu et convoque une AG extraordinaire. Le comitĂ© exĂ©cutif faisant fonction maintient, de son cĂŽtĂ©, que des Ă©lections avant l’étĂ© n’étaient tout simplement pas possibles. En cause : une procĂ©dure de mĂ©diation, impliquant six membres de l’Apess qui avaient introduit un recours contre le dĂ©roulement de l’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale du 25 mars. Parmi ces six membres, selon Reding, des membres ayant introduit une procuration et estimant n’avoir pas bĂ©nĂ©ficiĂ© du droit de se faire reprĂ©senter.

Une procĂ©dure de mĂ©diation implique, selon le comitĂ© exĂ©cutif, « la suspension de toutes les opĂ©rations Ă©lectorales jusqu’à ce qu’un accord ou un Ă©chec de mĂ©diation soit constaté ».

L’ultimatum

Mais les frondeurs ne sont pas prĂȘts Ă  attendre. Ils ont posĂ© un ultimatum au comitĂ© exĂ©cutif : soit celui-ci organise des Ă©lections avant le 13 octobre 2016, soit d’« autres moyens » seront engagĂ©s. Une menace qui ne fait pas flĂ©chir Daniel Reding : « Nous attendrons la fin de la procĂ©dure de mĂ©diation et la clartĂ© dans le procĂšs nous opposant Ă  l’État. »

Le comitĂ© exĂ©cutif actuel parle, lui, d’une tentative d’infiltration orchestrĂ©e par la DĂ©lĂ©gation nationale des enseignants (DNE), fondĂ©e par le bureau de coordination des comitĂ©s de profs. Le « bureau de coordination », qui s’était profilĂ© pendant le conflit opposant les enseignants Ă  Claude Meisch comme reprĂ©sentant de la fraction « dure » des profs, opposĂ©e Ă  tout accord, tenterait maintenant d’obtenir gain de cause en infiltrant les syndicats.

Pour Daniel Reding, le motif des frondeurs est clair : « Ils veulent notre caisse. » Le SEW comme la Feduse dĂ©pendant de syndicats plus larges (OGBL et CGFP), l’Apess serait une proie assez facile. Quoi qu’il en soit, force est de constater que parmi les quatre membres frondeurs, deux au moins font partie du fameux « bureau de coordination ». L’un d’entre eux Ă©tait d’ailleurs membre de la Feduse jusqu’à rĂ©cemment.

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