Black metal
 : Broyer du noir


Pour bien inaugurer la saison automnale et aussi les longues soirées d’hiver qui se préparent à l’horizon, la Rockhal a invoqué un des groupes phares du black metal européen : Behemoth.

Bouh ! Ils ne mangent pas que des enfants, soyez rassurés !

Bouh ! Ils ne mangent pas que des enfants, soyez rassurés !

La Pologne est bien connue pour être un pays à tendances ultracatholiques. Depuis le pape Jean-Paul II, ou encore Solidarność, jusqu’aux conservateurs très droitiers qui gouvernent le pays de nos jours, elle a presque tout fait pour donner raison à ces préjugés. Heureusement qu’il existe aussi des contre-courants. Et de ceux-ci, Behemoth est une des plus vieilles et plus durables incarnations.

Né en 1991 juste après la chute du communisme en Pologne, le groupe emmené par Adam Darski (qui se fait appeler Nergal) connaît au début des difficultés avant tout matérielles. Faute d’instruments de qualité, de studios qui en méritent le nom et d’une infrastructure de distribution adéquate, les premiers enregistrements de Behemoth sont de piètre qualité et se vendent surtout par le bouche-à-oreille. Pourtant, cela ne change rien à leur succès. Les démos « Endless Damnation » et « The Return of the Northern Moon » se vendent en un temps record. Cela aussi parce que – paradoxalement – la mauvaise qualité des enregistrements est un signe d’authenticité dans la scène du métal satanique. Et surtout dans celle qui est en train de se déployer en Norvège à l’époque, avec des groupes comme Burzum ou encore Mayhem, qui sont le modèle à suivre pour toute une génération de métalleux. Certes, on peut trouver ridicules des jeunes qui se baladent la nuit en forêt avec les visages décorés à la Halloween et qui essaient d’invoquer des démons. Cela n’empêche que le monde de l’art contemporain les prend désormais très au sérieux, comme l’ont démontré plusieurs expositions déjà au Casino. D’autre part, même des musiciens qui officient dans des genres totalement différents et opposés les respectent. Comme Thurston Moore, fondateur des mythiques Sonic Youth, qui vient de sortir un bouquin d’hommage à Euronymous, le fondateur de Mayhem – « The Death Archives ».

Cela dit, aucun groupe de l’époque existant encore de nos jours n’a conservé son niveau d’extrémisme sataniste des débuts. Il en va de même pour Behemoth : à l’instar des idoles scandinaves, ses membres ont même fondé un cercle sataniste avec d’autres groupes de la scène polonaise ; mais à partir de l’album « Pandemonic Incantations » de 1998, ils prennent de la distance aussi bien dans le genre – qui se tourne plus vers le death metal progressif – que dans les textes. Plutôt qu’invoquer l’ange déchu à tour de bras, des motifs païens apparaissent çà et là dans les « chants » de Nergal.

Si cela a eu pour conséquence qu’une grande partie des fans de la première heure se sont détournés du groupe, l’accusant de trahison, Behemoth a su en revanche conquérir un public plus international, notamment en signant sur des labels étrangers et en partant en tournée hors de sa Pologne natale. Et, un moment, il a même semblé que le groupe ne pourrait jouer qu’en dehors de la Pologne, vu qu’il a été inclus en 2007 dans la liste d’un « comité anti-sectes » polonais. Une bataille que Behemoth a gagnée au nom de la liberté d’expression – pour l’instant, seule la Russie refuse de le laisser entrer sur son territoire.

Pour ce qui est de l’actualité, le dernier album, sobrement intitulé « The Satanist », est sorti en 2014 et le groupe est en tournée depuis lors entre autres dans les très pieux États-Unis. Alors, si l’envie vous prend de lâcher vos démons, faites-le en compagnie de Behemoth, ce vendredi à la Rockhal !

Ce vendredi 21 octobre à la Rockhal.

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