Climate March au Luxembourg : Paris, écoute !

von | 03.12.2015

Faire pression sur les dirigeants qui négocient un accord climatique, c’était l’idée derrière les mobilisations organisées partout dans le monde. Un regard personnel sur la marche au Luxembourg.

1348n Marche L 4441 INTERNETUn peu avant 18h, lundi dernier au Knuedler. Les représentants de la plateforme d’ONG Votum Klima s’inquiètent. Peu de gens se sont rassemblés pour le départ de la « Climate March ». Est-ce à cause du vent et de la pluie ? Des militants tentent désespérément de distribuer les pancartes, lampions, lanternes et, surtout, la cinquantaine d’instruments à percussion.

Peu à peu, les gens affluent au pied de la statue équestre de Guillaume II. Certains viennent directement de leur lieu de travail. Les gadgets visuels et sonores ont trouvé preneur, cela se voit et s’entend. Parmi les manifestants, plusieurs députés verts, notamment Claude Turmes, qui est venu à vélo. C’est bien, mais est-ce que ça change quelque chose ? Rêvons. S’il y avait le président des États-Unis à la manif… Car c’est ce dernier qui risque, en refusant un engagement contraignant, de faire capoter les négociations à Paris.

Bien emmitouflés dans leurs manteaux et couvre-chefs, les manifestants écoutent deux discours. Ce n’est pas à eux que s’adresse le slogan « On a mérité plus que vos blablas » qu’on lit sur une des pancartes. Celles-ci sont de confection très artisanale, faites d’emballages carton découpés et recollés. C’est que Votum Klima, contrairement à la COP21, se passe du soutien de sponsors douteux comme EDF ou BNP Paribas. Alors pas moyen de s’offrir des affiches grand format imprimées en couleur. Un autre slogan, « Planet before Profit », agrémenté de quelques billets en dollars griffonnés, met le doigt sur un des « oublis » des négociations de Paris : alors qu’on parle beaucoup de soutien aux énergies renouvelables, on se montre très discret quand il s’agit d’arrêter les subventions et les investissements dans les énergies fossiles.

Voici que le cortège se met en branle. En tête, une douzaine de militants portent chacun une des lettres géantes de « Climate March », ornées de petites ampoules dans le style des décors de Noël. En passant par l’« Ënneschtgaass », décorée dans le même style, on pourrait croire qu’il s’agit d’un cortège de la Saint-Nicolas. Sauf que les « anges » font un boucan d’enfer. Gongués, sifflets, sistres et grosses caisses transforment la manif appréciable – plus de 500 personnes – en une grande kermesse.

S’arrêter et réfléchir

Débouchant sur le boulevard Roosevelt, le cortège est plusieurs fois mis en attente. La police doit d’abord dégager la route, et essaie de perturber le moins possible le flux normal de la circulation. Pour les conférences climatiques, l’inverse est vrai : il faudra, tous les cinq ans, s’arrêter et réfléchir à comment infléchir plus encore le cours normal des choses. En effet, les scénarios « business as usual » nous conduiraient tout droit vers des augmentations de température bien au-delà de deux degrés.

« Moins de moi, plus de nous ! » Banalité ou revendication hautement politique ? Lors de la COP21, en tout cas, les pays en voie de développement exigent des pays industriels – historiquement responsables du réchauffement climatique – de penser moins à leurs intérêts nationaux qu’au bien commun de l’humanité. En ce sens, le « moi » luxembourgeois, avec ses émissions de CO2 individuelles dix fois plus élevées que celles d’un citoyen du Sud, ferait bien de penser au « nous ». Changer ses comportements, c’est bien, mais des intellectuels altermondialistes comme Naomi Klein attirent l’attention sur le rôle joué par la logique capitaliste. Une critique reprise par une grande pancarte vers l’avant du cortège : « Changez le système, pas le climat ! »

Le défilé fait vibrer le Viaduc, ébranle les hautes façades de l’avenue de la Gare, puis réveille les alentours de la rue de Bonnevoie. Enfin il arrive aux Rotondes, qui accueillent les manifestants éprouvés par l’humidité et le froid avec chaleur et lumières. Vite, rendre les ustensiles et pancartes aux organisateurs et se retrouver dans la grande salle, verre à la main, à écouter la musique live. Ou à refaire le monde avec des copains des diverses ONG participantes. La nuit sera longue.

À Paris aussi. Et ce ne sera pas la dernière conférence, comme ce ne sera pas la dernière marche des citoyens. Est-ce que ça suffira ? On aura au moins essayé.

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