Dans les salles : Dark Waters

Film de commande pour Todd Haynes, « Dark Waters » est d’abord le projet de Mark Ruffalo. Mais cette histoire de pollution des eaux de Virginie-Occidentale par DuPont sait se faire haletante, malgré les codes du genre déjà bien connus.

À la loupe : pas facile d’éplucher les documents pléthoriques fournis par DuPont. (Photo : Participant & Killer Films)

Difficile de ne pas penser à « Erin Brockovich » lorsqu’on évoque « Dark Waters ». Si le premier nous emmenait dans le désert Mojave sur la piste d’une pollution de la nappe phréatique, le nouveau film de Todd Haynes embarque pour Parkersburg, en Virginie-
Occidentale. Là, la firme DuPont entrepose des résidus de fabrication de son produit phare Téflon, lesquels empoisonnent les cours d’eau et contaminent 
les vaches d’un agriculteur local. Devant le comportement agressif de son troupeau et des malformations inquiétantes, celui-ci fait appel à Robert Bilott, un enfant du pays « monté » à Cincinnati pour y faire carrière dans un cabinet d’avocats réputé… et spécialisé dans la défense des intérêts de grandes sociétés ! Récemment nommé associé, Bilott hésite tout d’abord. Puis il se lance à corps perdu dans une enquête minutieuse lorsqu’il découvre que toute la population de la région est touchée.

On le voit, la forme du drame juridique est commune aux deux films. Il faut ajouter aussi l’importance de l’incarnation du personnage principal : à l’excellente prestation de Julia Roberts dans « Erin Brockovich » répond la bonhomie trompeuse de Mark Ruffalo. En effet, Robert Bilott, sous des dehors un peu ternes, va rapidement faire preuve d’une ténacité impressionnante, malgré les pressions combinées de son patron et d’un ponte de DuPont. L’acteur propose une belle interprétation, tout en nuances, et qui surtout soutient un aspect du film qui va au-delà de la simple croisade contre la méchante compagnie pollueuse : le mépris de classe. Car tant les origines de l’avocat que le fait qu’il défende une communauté rurale lui attirent des regards au mieux condescendants de la part de la « bonne société ». Dans cette Amérique du succès médiatique ou entrepreneurial monté en épingle, il reste bien peu de place pour les petites gens.

Aux manettes, Todd Haynes filme avec une certaine neutralité, voire un certain classicisme, confiant les rênes de la tension narrative à l’interprétation de Mark Ruffalo. Pas étonnant, d’ailleurs, puisque ce dernier se trouve également être le producteur. Un projet qui lui tenait à cœur bien sûr, et dans lequel il s’investit totalement, à l’image de son personnage. Le résultat n’est certes pas exempt de faiblesses ; on pense notamment au rôle de la femme de Bilott – pourtant joué avec conviction par Anne Hathaway –, à la limite de la caricature. Reste que le film est une efficace dénonciation du cynisme environnemental des multinationales, à l’heure où l’environnement semble le cadet des soucis du président américain actuel. Haynes et Ruffalo prolongent ce propos par une plongée bien rendue dans la violence larvée des rapports de classes.

Que « Dark Waters » se passe aux États-Unis est au fond anecdotique pour deux raisons. D’une part, parce qu’une telle histoire pourrait parfaitement arriver dans n’importe quel pays où l’argent est roi. Partout, quoi. Des Erin Brockovich ou des Robert Bilott, il y en a sur toute la planète, et même lorsque Hollywood ne les filme pas, nous en avons rudement besoin. D’autre part, dans cette affaire, l’acide perfluorooctanoïque, le produit chimique incriminé, est présent dans la quasi-totalité des organismes humains sur la planète. Ça valait bien un film.

Au Kinepolis Kirchberg et à l’Utopia.

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