Dans les salles : Playlist

Le premier long métrage de l’autrice de BD Nine Antico, « Playlist », est une comédie où se mêlent le noir et blanc façon nouvelle vague et la critique d’un milieu éditorial dans son petit bocal. Sara Forestier y fait des merveilles.

Sophie cherche l’amour… et un job de dessinatrice de BD. (Photo : Atelier de production)

Elle galère, Sophie. Certes, elle a un boulot : serveuse dans un restaurant. Mais ce qu’elle veut vraiment, c’est dessiner. Alors, quand se présente l’occasion de décrocher un poste de secrétaire et attachée de presse dans une maison d’édition de BD – pardon, de roman graphique, le patron insiste sur ce point –, elle n’hésite pas une seconde, pensant que ce sera le tremplin vers la publication de ses histoires. Parallèlement, elle cherche l’amour, que ne peut lui offrir le cuisinier avec qui elle fait des galipettes après le service… même si elle tombe enceinte de lui. Décidément, rien ne va dans sa vie.

Il y a dans la situation de départ de « Playlist » un petit côté Woody Allen, avec ce personnage de loser au féminin pourtant attachant, affublé de seconds rôles bien typés (la colocataire meilleure copine, le patron évidemment odieux et misogyne, l’amoureux avec une obsession étrange, etc.). Mais là où le dernier opus du cinéaste new-yorkais, « Rifkin’s Festival », convoque les ficelles habituelles et finit par lasser, le film de Nine Antico essaie de jouer avec les codes. Les choix du noir et blanc et du ton naturaliste peuvent paraître des tics de réalisation déjà vus, mais se révèlent salutaires pour la fraîcheur qu’ils apportent. Car ce qui se dégage d’abord des aventures de Sophie, c’est effectivement la fraîcheur. Les dialogues sont vifs, parfois crus lorsque les filles parlent de sexe entre elles ; le rythme, assuré par un montage adéquat, ne faiblit jamais, et le film reste concis avec sa petite heure et demie. On rit franchement devant certaines situations cocasses ou certaines répliques écrites au cordeau. Même si tout se déroule dans un milieu qu’on pourrait qualifier de bobo parisien, on sent une envie de ne pas reproduire les habituelles comédies françaises.

À ce titre, l’interprétation de Sara Forestier constitue le meilleur rempart contre les clichés. Très à l’aise, l’actrice ne fait pas dans le glamour et propose des attitudes et des mimiques très naturelles, qui aident au comique de l’ensemble. Elle sait se montrer à la fois agaçante dans sa naïveté et attachante dans sa quête d’amour et de reconnaissance professionnelle. Sa « Playlist », ce sont autant les morceaux de musique qui rythment sa vie – et donc le film – que la liste de ses amants potentiels, et plus si affinités. Les deux listes se rejoignent dans les chansons de David Johnston qui parlent du bonheur qui arrive, c’est sûr.

Le milieu de la bande dessinée est gentiment égratigné par la cinéaste, qui n’a pas fait d’école d’art, comme son héroïne – même si elle se défend d’avoir produit une œuvre autobiographique. Si la critique est faite avec subtilité, on pourra émettre plus de réserves sur le traitement des rôles masculins, qui sont presque tous au choix des benêts ou des salauds. Mais après tout, « Playlist » est un long métrage sur une jeune femme qui se cherche, et la bande dessinée sait aussi grossir le trait pour mieux faire passer son message. En tout cas, il se dégage du film un cachet et une patte que nombre de comédies françaises ne peuvent pas revendiquer, et la performance de Sara Forestier à elle seule vaut une visite dans les salles obscures.

À l’Utopia.
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L’évaluation du woxx : XX


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