Danse : When the Bleeding Stops

von | 20.02.2026

Lovéisa Ósk Gunnarsdóttir ne signe pas seulement un spectacle, mais un acte : danser la ménopause, c’est refuser l’effacement. (Photo : Tale Hendnes)

À 47 ans, la chorégraphe islandaise Lovéisa Ósk Gunnarsdóttir brise un tabou tenace : la ménopause. Avec « When the Bleeding Stops », présenté au Kinneksbond, elle transforme bouffées de chaleur et silences hérités en manifeste chorégraphique collectif – un geste artistique qui refuse l’invisibilisation des corps vieillissants et revendique leur puissance.

« I’m 47 years old », lance fièrement Lovísa Ósk Gunnarsdóttir au public, qui lui répond par un tonnerre d’applaudissements. La danseuse et chorégraphe islandaise, seule sur scène, précise être en pleine périménopause. Puis elle déroule son histoire, dévoile ce qui l’a poussé à créer une performance chorégraphique autour de ce thème – la ménopause. Un sujet encore tabou dans nos sociétés occidentales et qu’elle traite avec beaucoup d’humour. Lovísa raconte son enfance, ses shows de danse, dès trois ans, devant ses parents qui, souhaitant qu’elle s’agite ailleurs que dans leur salon, l’envoient dans une école de danse. Son diplôme, à 23 ans, puis son entrée dans l’Iceland Dance Company où les représentations s’enchaînent. À 39 ans, alors qu’elle est dans un avion entre deux spectacles, la danseuse se dit qu’elle et ses partenaires, allant elles aussi sur leurs quarante ans, sont encore plus géniales qu’avant, elle ne voit pas ce qui pourrait mal se passer ! Quelques jours après, elle se retrouve privée de tout mouvement à cause d’une grande douleur dans plusieurs de ses membres. Lovísa consulte alors un médecin qui évoque la périménopause mais, à quarante ans à peine, cela serait étonnant. À moins que sa mère l’ai eu tôt également… C’est à ce moment-là que la danseuse réalise qu’elle n’a aucune idée de quand sa mère a été ménopausée, ni de comment elle s’est alors sentie.

Lovísa est bouleversée et prend conscience du silence qui entoure l’arrêt de l’ovulation. Elle décide alors d’entamer un travail de recherche et mène plusieurs entretiens avec des femmes ménopausées de son pays, puis suit un master en Performance Practice où elle explore les liens entre vieillissement et mémoire corporelle. Dans le même temps, elle réapprend à mouvoir son propre corps. Dans son salon, comme quand elle était petite, elle suit une routine-thérapie à travers la danse. Peu à peu, elle retrouve les sensations, la souplesse, la légèreté. Si cela a pu l’aider, elle se dit que cela pourra sûrement aider les femmes avec qui elle a échangé à surmonter les symptômes de leur ménopause. Elle propose cette idée sur le groupe Facebook du même nom et, alors qu’elle n’en espérait pas grand-chose, Lovísa voit bientôt les vidéos se multiplier. Au son de leur musique préférée, les femmes dans la quarantaine, la cinquantaine et la soixantaine se déhanchent dans leur salon. De ces danses spontanées, totalement libérées, naîtra la performance « When the Bleeding Stops ». Créée au Reykjavik Dance Festival en 2021, la pièce est depuis en tournée, jusqu’à cette soirée de février au Kinneksbond. Dans chaque ville, Lovísa recueille les témoignages et les vidéos de femmes ménopausées. Outre la dimension artistique, la danseuse souhaite créer un véritable mouvement social autour de la ménopause.

Loin des corps jeunes et sculptés des institutions de danse professionnelles, les femmes qui dansent dans « When the Bleeding Stops » offrent une performance intime. (Photo : Tale Hendnes)

Changer de regard

« Il existe des cultures où la ménopause est valorisée », explique l’Islandaise. Au Japon, dans de nombreuses sociétés africaines ou encore au sein des cultures autochtones, celle-ci est vécue comme un renouveau et comme un signe de sagesse. En Inde et au Moyen-Orient, la ménopause est souvent perçue comme une libération des contraintes sociales et des rôles de genre traditionnels. Mais, dans des pays comme le Luxembourg, la ménopause est souvent synonyme de honte et invisibilisée. Ou, comme le formule Lovísa, non sans une ironie amère, il ne reste aux femmes ménopausées qu’à « find a corner and prepare for the death ». Leur mission reproductive est terminée, « thank you for your service ». Dans nos sociétés occidentales, les femmes ménopausées sont, d’après la danseuse, assimilées à du lait qu’on aurait oublié de remettre au frigo. Il a fermenté et a une odeur aigre, il vaut mieux le jeter… Pour faire face à cette soi-disant date de péremption des femmes, Lovísa les invite ainsi à danser, à se montrer dans leur authenticité. Loin des corps jeunes et sculptés des institutions de danse professionnelles, ces femmes offrent une performance intime, en survêtement confortable. Les vidéos sont d’abord projetées les unes après les autres puis s’enchaînent ensuite de plus en plus vite et les univers semblent s’unir, les femmes danser sur le même rythme.

Les danseuses de certaines vidéos, dans le public, rejoignent ensuite la scène et se meuvent sous les spots. Bientôt, ce sont tous·tes les spectateur·rices qui sont invité·es à se trémousser sur « Dance Monkey ». Après le spectacle, Lovísa prend part à une discussion avec une représentante du Planning familial, une thérapeute et plusieurs luxembourgeoises visibles dans les vidéos. Ces dernières témoignent de leur incompréhension face à la ménopause, leurs symptômes parfois très difficiles à gérer, leur refus de se tourner vers un traitement hormonal de la ménopause (THM) ou au contraire la libération que ça a été d’y avoir recours. L’asbl Lëtz Menopause, engagée pour la santé des femmes avant, pendant et après la ménopause, soutenait également l’événement.

Lovéisa Ósk Gunnarsdóttir ne signe pas seulement un spectacle, mais un acte. Danser la ménopause, c’est refuser l’effacement. C’est rappeler que ces corps ne sont ni en fin de course ni hors cadre. Ils sont traversés d’expériences, de mémoire et de puissance. « Find a corner » ? Non. Sous les projecteurs.

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