Dieu et religiosité : On n’y croit guère

La proportionnalité des moyens accordés dans les conventions de l’État avec les cultes se base sur une étude de 2008. Il était temps de prendre la température actuelle.

La séparation de l’Église et de l’État telle qu’opérée en janvier 2015 est approuvée par une majorité de résident-es agé-es de 16 ans et plus. C’est ce que nous révèle un sondage TNS Ilres auprès d’un échantillon représentatif de 515 personnes, commandité par AHA (*) et réalisé dans le courant du mois de mars. Rien de spectaculaire pourrait-on dire, l’Église ayant elle-même assumé la séparation et cosigné la convention afférente.

En regardant de plus près, on peut cependant découvrir que même les personnes qui indiquent appartenir à une religion actuellement trouvent l’adoption des mesures décidées il y a plus de sept ans appropriée. Seule divergence entre religieux et non-religieux : le principe même que l’État soutienne les cultes, maintenu en 2015, est récusé par une faible majorité de celles et ceux qui ne se réclament d’aucune religion, alors que les adhérent-es à l’une des églises soutiennent à 58 % le subventionnement.

Si la question sur la séparation de l’Église de l’État n’avait pas été retirée du catalogue, elle aurait logiquement dû être la seule à trouver une approbation lors du fameux référendum de juin 2015, a constaté d’ailleurs le président d’AHA, Bob Reuter, lors de la présentation des résultats ce mardi au café littéraire Le Bovary à Weimerskirch.

Une (courte) majorité absolue de non religieux

L’objet du sondage était cependant moins de retracer cet épisode de l’histoire récente luxembourgeoise que de mesurer l’importance de la religiosité dans notre société actuelle en général. Sur la simple question de savoir si les sondé-es « se considèrent comme quelqu’un de religieux », 43 % répondent par oui, mais une courte majorité absolue de 51 % le nient, alors que 6 % ne le savent pas.

L’image s’inverse lorsqu’on pose la question un peu différemment : en effet, 59 % des sondé-es se considèrent « comme appartenant à une religion », alors que 41 % affirment le contraire. Au total, 53 % se disent catholiques, 3 % musulman-es, 2 % protestant-es et 3 % se réclament d’une autre religion. On peut comparer ces chiffres à une étude similaire réalisée par Ceps/Instead en 2008, qui avait servi en 2015 pour fixer le « poids » des différentes religions. À l’époque, 68,7 % se disaient alors catholiques, 1,8 % protestant-es, 4,5 % appartenant à une autre religion et 24,9 % n’affichaient alors aucune appartenance.

Les tendances deviennent encore plus claires si l’on se réfère au recensement de 1970, où l’appartenance religieuse avait été relevée une dernière fois, car interdite depuis 1979 pour des collectes de données non anonymisées : l’Église catholique pouvait fièrement afficher 96,9 % de fidèles, le reste étant réparti entre 1,2 % de protestant-es, 0,2 % de juives ou juifs et 1,7 % de personnes affichant une « autre » appartenance religieuse.

En ne regardant que du côté de l’Église catholique, avec 96,9 % d’adhérent-es en 1970, 68,7 % en 2008 et 59 % en 2022, on pourrait penser qu’en fin de compte celle-ci s’en sort encore assez bien, même si sa majorité absolue a été rognée considérablement au fil des années.

On peut cependant constater que cette « adhérence » à la religion, voire à l’institution de l’Église, connaît des limites. En matière de croyance, seulement 41 % de celles et ceux qui se disent catholiques croient, par exemple, en la résurrection du Christ.

Selon Tommy Klein de TNS Ilres, le résultat le plus significatif du sondage réside dans la question de l’importance de la religion dans la vie des sondé-es : après la famille (97 % d’importance accordée), les amis et les relations (93 %), les loisirs (91 %), le travail (85 %) et la politique (63 %), la religion se trouve en dernière place avec 25 % pour l’ensemble des sondé-es. Et même parmi celles et ceux qui appartiennent à une religion, ce dernier score ne remonte qu’à 39 %.

De façon corollaire, ce sont les proches et l’entourage (78 %) ainsi que les parents (75 %) qui sont identifiés comme « sources (…) qui ont influencé le plus » en ce qui concerne la transmission de valeurs, alors que la religion n’est évoquée à cet égard que par 19 % des sondé-es (29 % de celles et ceux appartenant à une religion).

(*) AHA Lëtzebuerg (Allianz vun Humanisten, Atheisten an Agnostiker Lëtzebuerg a.s.b.l.). L’étude est disponible sous le lien woxx.eu/ahasondage

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