Electropop/post-punk: Des beats venus du Nord

Le Gudde Wëllen offre aux mélancoliques automnaux la possibilité de célébrer leurs émotions en détresse en invitant les maîtres du genre electro déprimant et froid – les Suédois d’Agent Side Grinder.

Depuis 14 ans, des agents au nom de la froideur scandinave : Agent Side Grinder.

Les conditions météorologiques extrêmes du Grand Nord influeraient-elles la production musicale ? C’est une thèse pour laquelle pas mal de preuves ont été produites ces dernières décennies. Et pas besoin d’évoquer la scène miraculeusement prolifique islandaise : il suffit de jeter un coup d’œil en Suède. D’un côté le pays qui nous a donné ABBA et fait danser (ou saigner des oreilles, c’est selon) la planète, de l’autre un des bastions du black metal – musique sataniste, parfois empreinte de néonazisme, donc tout le contraire des mignon-ne-s popstars qui ne manquent pas de pointer leur tête à chaque fête de village en province, quand le bon taux d’alcoolémie est atteint.

Mais la Suède et la Scandinavie en général sont aussi connues pour avoir été le berceau d’une certaine mouvance de l’electropop. Avec comme pionniers les Norvégiens de A-ha, les sons froids de synthés mélangés à des voix aériennes et des beats répétitifs sont devenus la marque de fabrique, déclinée en d’autant de variations possibles, d’une certaine scène. Et Agent Side Grinder, fort d’une carrière qui a commencé il y a 14 ans, en fait partie depuis belle lurette.

Le groupe est fondé en 2005 à Bromma, la partie ouest de la ville de Stockholm – quartier où résident les hautes classes moyennes, voire les encore plus riches. Ses premiers albums, l’éponyme « Agent Side Grinder » et « Irish Recording Tape », sont encore empreints de sonorités plus rock, voire punk. Le succès est certes manifeste, mais se limite à quelques tournées européennes. Pour la reconnaissance, il faudra attendre l’album de 2012, « Hardware » – mieux produit et plus aguerri. Le magazine « Vice » en fera son album du mois d’avril, puis il entre dans les charts suédois et gagne même le prix Manifest – la version suédoise des Victoires de la musique, mais en version indé.

En 2015, c’est l’album « Alkimia » qui dépasse encore en succès son prédécesseur. Non seulement la formation gagne encore une fois le prix Manifest, mais des longues tournées en Europe s’ensuivent. Mais comme toujours, quand un groupe connaît le succès après de longues années de combat, le risque de déstabilisation du collectif n’est jamais loin. En 2017, trois des cinq musiciens qui jusque-là formaient Agent Side Grinder décident de claquer la porte, dont le chanteur Kristoffer Grip.

Ces départs provoquent un hiatus de deux ans dans la carrière du groupe, qui a pourtant su renouer avec la musique en engageant un nouvel homme derrière les micros en la personne d’Emanuel Åström. L’album « A/X » – qui ne fait pas référence à une bagnole de Citroën – est sorti cette année. Épuré, le son du désormais trio s’est totalement recentré sur l’électronique, en n’utilisant que synthés, programmations et tape loops pour construire les chansons, alors qu’avant l’utilisation d’une guitare basse amenait un peu de chaleur analogique.

En avant-programme, vous pourrez d’ailleurs suivre les premiers pas dans l’electro d’un musicien du cru plutôt connu pour ses aventures dans le post-rock et l’indé : Paul Bradshaw (Treasure Chest at the End of the Rainbow, Actarus, La Fa Connected et Mount Stealth) proposera sous le pseudo airship 81 de l’electro venue directement des années 1980 et doublée d’atmosphères cinématographiques.

Au Gudde Wëllen, le 26 octobre.

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