Environnement : Un bout de papier contre un géant de la viande

von | 28.05.2026

Greenpeace Pays-Bas attaque en justice JBS, un leader mondial de la production de viande. La multinationale brésilienne possède plusieurs holdings au Luxembourg, qu’elle a placé au cœur de son architecture financière.

Greenpeace Amsterdam manifestation JBS

Des militants de Greenpeace déploient une banderole sur la façade de l’hôtel Sheraton de Schiphol, où se tenait l’assemblée générale annuelle de JBS, le 30 avril. (Photo : Marten van Dijl/Greenpeace)

Un simple bout de papier peut-il faire vaciller un colosse de l’agroalimentaire comme JBS ? Greenpeace Pays-Bas veut le croire. Une poignée d’activistes de l’ONG environnementale a profité de l’assemblée générale de la multinationale, qui s’est tenue à Amsterdam, le 30 avril, pour remettre aux dirigeants de l’entreprise un courrier de mise en demeure. Il leur demande de faire toute la transparence sur leurs projets d’expansion, d’une valeur de 6 milliards de dollars. Greenpeace désapprouve en particulier un investissement de 2,5 milliards de dollars pour la construction de six usines de transformation de viande au Nigeria, qui menacent d’assécher des sources d’eau, de polluer l’environnement et « d’émettre d’énormes quantités de méthane ».

Pour comprendre la stratégie de l’ONG contre la multinationale, il faut revenir un an en arrière. En mai 2025, JBS décide de déménager son siège mondial de São Paulo vers Amsterdam, une opération destinée à faciliter son introduction à la Bourse de New York. Greenpeace, qui affronte JBS de longue date, avait prévenu : si le groupe s’installe aux Pays-Bas, il sera soumis aux lois néerlandaises et devra répondre de ses atteintes à l’environnement et aux droits humains. « Via sa chaîne d’approvisionnement, JBS a été associée à la dévastation de l’Amazonie, à la destruction d’habitats essentiels pour la faune sauvage et a fait paître illégalement du bétail sur des terres autochtones », écrit Greenpeace. L’ONG a calculé que les émissions de méthane de JBS sont supérieures à celles de Shell et d’ExxonMobil cumulées. La multinationale « a contribué de manière significative à la crise climatique et au déclin de la biodiversité », accuse Greenpeace.

Considéré comme le premier producteur de viande au monde, JBS a réalisé 86 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025, revendiquant 280.000 salarié·es et une présence dans 180 pays. Ses deux principaux actionnaires sont les frères Joesley et Wesley Batista, les fils du fondateur. Leur fortune atteint 10,8 milliards de dollars, d’après Forbes. En 2017, Joesley Batista a été incarcéré six mois pour son rôle central dans un vaste scandale de corruption impliquant les plus hautes sphères de l’État brésilien.

Une Soparfi au cœur du système

Deux hommes face au bureau de jbs, manifestation des activistes de greenpeace.

Une manifestation des activistes de Greenpeace contre la multinationale JBS. (Photo : Greenpeace)

Selon Greenpeace, les deux frères exercent principalement le contrôle sur JBS par l’intermédiaire d’une société de participation financière (Soparfi) luxembourgeoise, J&F Investments Luxembourg, qui leur permet de détenir 85 % des droits de vote. « JBS a possédé jusqu’à une dizaine de holdings au Luxembourg. Un certain nombre ont été radiées, mais d’autres ont subsisté », indique Gauthier Hansel, chargé de campagne chez Greenpeace Luxembourg. Autant de sociétés sans réelle activité au grand-duché, si ce n’est d’y effectuer des acrobaties financières et fiscales. Sur le papier, J&F Investments réalise plusieurs dizaines de milliers d’euros de pertes chaque année, mais affiche près de 2 milliards d’euros d’actifs. Contactée au sujet de sa holding, JBS n’a pas répondu au woxx dans l’immédiat.

Pour lutter contre ce qu’il qualifie de « pommes pourries », le député socialiste Franz Fayot a présenté en décembre dernier un projet de loi visant un contrôle accru des Soparfi et leur liquidation en cas d’abus graves contre les droits humains et contre l’environnement. Son texte citait nommément JBS pour ses « activités hautement problématiques ». Aux Pays-Bas, la société avait 21 jours pour répondre à la mise en demeure de Greenpeace. JBS y a donné suite au dernier moment par une fin de non-recevoir : la multinationale rejette toute responsabilité dans les accusations contre elle et refuse de faire la transparence et d’ouvrir ses dossiers sur ses futurs projets, une revendication portée par plusieurs milliers de personnes, selon l’ONG. La suite devrait logiquement se jouer devant les juridictions néerlandaises, le déplacement du siège à Amsterdam fournissant à Greenpeace la base légale pour entamer des poursuites. Ce « sera sans doute la première grande affaire climatique de cette ampleur intentée contre le secteur de l’élevage industriel », avance l’ONG.

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