Finance verte : le Luxembourg redore son blason

Quelques jours à peine après avoir annoncé la mise en place d’un cadre de référence pour les obligations durables, le grand-duché émet la première obligation souveraine durable en Europe – avec de l’aide questionnable.

En émettant la première obligation durable européenne, le Luxembourg encourt aussi le risque de se faire accuser de green-washing.
(Greenwash Guerilla/CC)

Surprise ce mardi matin à la Chambre des député-e-s : dans une commission des Finances appelée en urgence le ministre Pierre Gramegna a donné la nouvelle que l’État venait d’émettre le premier emprunt durable européen. Et pas pour des pépites, car le montant de 1,5 milliards d’euros est considérable. Un emprunt que le pays – sur lequel les triple A continuent de pleuvoir malgré la crise économique à l’horizon – a même eu à un taux négatif de -0,123% sur une durée de 12 ans. Et selon les collègues de Paperjam, la place financière a très bien réagi à cette avancée du Luxembourg.

Si le ministère se félicite du grand intérêt que cette obligation a suscitée sur les marchés financiers, la demande ayant « dépassé rapidement l’offre » faisant du Luxembourg un « acteur incontournable dans le domaine de la finance durable », regarder de plus près qui a aidé à monter cette opération de taille peut vite faire déchanter les plus optimistes.

Car en tant que « chefs de file » qui ont contribué à l’opération, on trouve la BCEE, la BIL, la Société Générale, BGL BNP Paribas et la Deutsche Bank. Ce sont surtout les trois dernières qui se trouvent justement dans le viseur d’ONG depuis des années pour leurs financements de projets pas vraiment verdoyants. Ainsi, la Société Générale a été « victime » de l’association « Amis de la Terre » en 2018, quand plus de 600 activistes ont nettoyé symboliquement 38 agences de la banque, qualifiée de « banque la plus sale » pour ses investissements dans « le gaz de schiste et les énergies fossiles extrêmes ». BNP Paribas (sans la BGL) a été dans le viseur de dizaines d’associations en 2017 avec des accusations similaires. Quant à la Deutsche Bank, dont la réputation de machine à scandales n’est plus à faire, elle non plus n’est pas épargnée par les ONG allemandes qui ont protesté devant l’assemblée des actionnaires à plusieurs reprises.

Bref, la question si cette obligation durable servira vraiment ses objets écologiques et sociaux ou si elle n’est qu’une opération de green-washing dépendra beaucoup du niveau de transparence et conséquence en cas de non-respect du cadre émis.


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