Gary Ross
 : American Guerilla


« Free State of Jones » raconte un pan presque inconnu de l’histoire américaine : celui d’un homme ayant rompu avec le racisme et promu la solidarité bien avant que le reste du monde s’y mette.

Newton Knight n’est pas tendre avec ses ennemis.

Newton Knight n’est pas tendre avec ses ennemis.

En 1862, la guerre de Sécession entre les États confédérés du Sud et l’Union nordiste bat son plein. Malgré tous ses efforts, le Sud esclavagiste est en train de perdre la bataille, mais engage néanmoins tous les moyens sur lesquels il peut mettre le grappin pour arrêter l’avancée de son frère ennemi. C’est pendant le siège meurtrier de la ville de Corinth que le pauvre agriculteur du nom de Newton Knight décide de déserter – après que son neveu d’à peine 15 ans meurt dans ses bras.

Il décide de retourner le corps à la mère de l’enfant et retrouve sa ferme de « yeoman » – comme on appelait les agriculteurs du Sud qui vivaient de leur lopin de terre sans posséder d’esclaves. Après avoir aidé une famille à s’opposer aux confiscations sauvages de l’armée sudiste, qui risque de déclencher une famine, il doit prendre la poudre d’escampette et se retrouve dans un marais quasiment inaccessible en compagnie d’esclaves qui ont fui les champs de coton. Petit à petit, il est rejoint par d’autres déserteurs et forme avec eux un groupe de résistance aux Confédérés. Un groupe dans lequel ni la couleur de peau ni le sexe ne sont un obstacle à l’amitié et la solidarité – le « State of Jones », d’après le « Jones County » dans lequel ils se trouvent. L’État libre brave les attaques des soldats sudistes et tente de rallier l’Union nordiste, puis la guerre se termine, l’esclavage est aboli et la montée du Ku Klux Klan commence…

Même s’il ne suit pas à la lettre la biographie, d’ailleurs très controversée, de son protagoniste, le réalisateur Gary Ross réussit à brosser le portrait du « Robin Hood américain » avec bravoure. Cela est dû partiellement au talentueux Matthew McConaughey, qui campe un Newton Knight sans faute : empathique, souffrant et charismatique. C’est un meneur naturel malgré lui, puisqu’il engage aussi ses proches dans une bataille qu’il pourrait perdre aisément.

Et aussi un cabochard, qui résiste à tout opportunisme qui s’offre à lui dans cette Amérique encore empreinte d’esclavagisme, de racisme et de népotisme. Il évolue dans cet univers impitoyable en créant sa propre bouée de sauvetage, « son » État libre de toute contrainte.

Certes, « Free State of Jones » reste un film profondément américain, dans lequel la Bible est citée une réplique sur deux pour justifier les actions de l’un ou de l’autre. Mais le fait de se concentrer sur ce groupe de rebelles pas comme les autres permet à Gary Ross de faire aussi dans la nuance. Ni les Sudistes ni l’Union ne tiennent le rôle de héros dans cette bataille pour plus d’humanité. Les uns n’exploitent pas seulement leurs esclaves noirs : ils n’hésitent aucunement à piller les pauvres paysans pour pouvoir continuer leur effort de guerre. Et les autres n’aident pas le « Free State of Jones » lorsque celui-ci veut leur prêter allégeance, ce qui n’était pas une mince affaire. D’autant plus qu’après la fin de la guerre civile américaine, le Nord victorieux ne réussit pas à faire appliquer l’abolition de l’esclavage sur tout le territoire américain et baisse surtout les bras devant le Klan, qui n’est autre qu’une nouvelle émanation des esclavagistes.

Ceci fait de « Free State of Jones » une partie d’une histoire alternative des États-Unis et un beau monument d’humanité – qui peut persister même dans les moments les plus noirs.

À l’Utopolis Kirchberg. Tous les horaires sur le site.

L’évaluation du woxx : XX


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