Gravures
 : Ombres et lumières

Surnommé le « Rembrandt français », Jean-Jacques de Boissieu fut un des graveurs qui ont marqué son époque et la postérité. Une exposition complète à la Villa Vauban lui rend hommage.

Theaterkarawane_Jean-Jacques_de_Boissieu_1772_nach_Karel_du_Jardin_1657Parfois les allergies peuvent déterminer toute une vie, voire une carrière d’artiste. Celle de Jean-Jacques de Boissieu à la peinture à l’huile a sûrement fait de lui un graveur et un estampeur hors normes. Ce que la peinture a perdu avec lui a pourtant bien pu être compensé avec ce qu’il a laissé à la postérité.

Ce Lyonnais d’origine – il voit le jour entre Rhône et Saône en 1736 – est un artiste typique de son temps. Passionné par l’art dès la plus jeune enfance, il va s’y consacrer le reste de sa vie, aussi parce que sa condition matérielle le lui permet. Elle lui donne entre autres accès au « Grand Tour », ce voyage traditionnel entrepris par les bourgeois et aristocrates du 18e siècle dans les villes italiennes où ils comptent s’inspirer des maîtres des temps anciens et de ceux de la Renaissance, dont le vent souffle toujours dans le reste de l’Europe.

Mais ce ne sont pas les seules inspirations qui vont guider Jean-Jacques de Boissieu sur son parcours artistique – et d’ailleurs l’exposition à la Villa Vauban ne regorge pas vraiment de motifs italiens. Sa correspondance avec le graveur français – mais d’origine allemande – Jean-Georges Wille et un séjour de trois ans à Paris, où il va découvrir son amour pour Rembrandt, ont parfait ses influences.

De retour à Lyon dès la fin des années 1760, il devient vite un artiste qui rayonne au-delà des frontières de son pays. Ainsi, rien moins que le génie universel Goethe devient collectionneur de ses travaux, le frère du roi de Prusse lui rend visite dans son atelier, il entre à l’Académie de Lyon en 1780 et puis il dessine plusieurs planches pour l’Encyclopédie de Diderot.

On le voit, Jean-Jacques de Boissieu ne fut peut-être pas l’artiste le plus influent de son époque, mais une cheville ouvrière au service des grands renversements artistiques de son temps. Et les graveurs étaient alors d’importants passeurs d’information visuelle. C’étaient leurs images qui illustraient les carnets, les livres et autres fascicules populaires, et ils étaient aussi ceux qui – par leurs copies – faisaient voyager les grandes œuvres, les toiles de maître vers celles et ceux qui n’y avaient pas accès.

LeSphinx682010T12298Quant au style personnel de Jean-Jacques de Boissieu, l’influence de Rembrandt y est indiscutable. Les ombres et les lumières qui ressortent de ses tableaux doivent autant à l’influence du grand peintre flamand qu’à son propre sens de l’observation. Un sens qui se remarque moins dans les portraits que dans ses travaux sur la nature et son amour pour les ruines et autres bâtisses abandonnées – qui préfigurent un peu le romantisme déjà.

Ses scènes de la vie paysanne ne paraissent jamais mises en scène, mais détiennent toutes un certain naturel ou une authenticité, qui sont aussi dus à la répartition des personnages dans ses compositions. Car c’est peut-être là le point fort de Jean-Jacques de Boissieu : ses compositions varient souvent et s’adaptent à chaque thème. Il n’a pas essayé de forcer ses sujets dans un même cadre, mais il s’est donné le temps et la peine d’adapter son cadre à chaque nouveau sujet. Ce qui fait de l’exposition sur le « Rembrandt français » un petit voyage dans le temps aussi agréable qu’intéressant.

À la Villa Vauban, 
encore jusqu’au 10 avril 2016.

Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged , . Bookmark the permalink.

Comments are closed.