Joel et Ethan Coen : Peut mieux faire


Dans « Hail, Caesar ! », toute la palette des genres cinématographiques des années 1950 défile lors de la folle journée d’un chef de production de studio. Même si l’on pourrait qualifier le film de mineur pour les frères Coen, on rit tout même de bon cœur… avant de l’oublier bien vite.

Syndrome de Stockholm chez les communistes avec la star Baird Whitlock.

Syndrome de Stockholm chez les communistes avec la star Baird Whitlock.

La dernière fois qu’on les avait vus au générique d’un long métrage, c’était pour le scénario du poussif « Bridge of Spies » de Steven Spielberg. Voici donc Joel et Ethan Coen à nouveau derrière la caméra pour un hommage appuyé à la fabrique de rêves hollywoodienne, où l’on suit les pérégrinations d’Eddie Mannix, « fixer » pour le studio Capitol. Un métier qui consiste à régler tous les problèmes annexes de la production, des coucheries des stars à leurs beuveries, en passant par la gestion des journalistes un peu trop fouineurs et la recherche de compromis entre religions pour le tournage d’un épisode biblique.

Là, c’est une tuile un rien particulière qui s’abat sur le studio, alors même qu’un chasseur de têtes veut débaucher Mannix pour un grand constructeur aéronautique : la vedette de « Hail, Caesar ! », Baird Whitlock, a été kidnappée alors que la grande scène finale doit être tournée. On va donc accompagner l’homme à tout faire de Capitol dans sa tentative de désamorcer cette bombe potentielle pour son employeur. Mais, bien entendu, un problème n’arrive jamais seul. Mannix devra composer avec l’ego d’un réalisateur d’adaptations théâtrales raffinées à qui l’on impose une star du western ou avec les affres de la grossesse non désirée d’une étoile du ballet nautique, entre autres.

La force de cette comédie est de proposer un mélange des genres parfaitement détonant. Ainsi, en quelques séquences, le spectateur se voit transporter dans les univers du musical (chorégraphie à la fois classique et gay que porte Channing Tatum), du western (étonnant Alden Ehrenreich en cow-boy rustique), du péplum (George Clooney très digne en Romain qui garde son costume tout le long du film), du drame psychologique (Ralph Fiennes impeccable en réalisateur maniéré) ou du pur divertissement aquatique (la naïade Scarlett Johansson est vulgaire à souhait une fois les caméras coupées).

Si le point de vue est parfois ironique, on sent chez les Coen une véritable fascination pour l’éclectisme et la puissance des studios des années 1950. Leur faiblesse ici est donc la quasi-absence de regard corrosif sur leur propre industrie, qui quelquefois fait ressembler le film à une suite de séquences amusantes certes, mais sans véritable portée. Même si la scène magistrale et inattendue où la puissance communiste vient titiller l’empire américain, qui ne sera évidemment pas détaillée dans ces lignes, est parfaitement réussie.

Cela dit, il y a Josh Brolin dans le rôle de Mannix. S’il faut aller voir « Hail, Caesar ! », ce n’est pas pour la brochette de stars évoquée plus haut (et il en manque), mais bien pour lui. C’est son personnage qui donne un fil conducteur à un scénario somme toute assez décousu. C’est aussi son interprétation qui enchante le spectateur : d’une patience à toute épreuve pour les agissements d’enfants gâtés de ses vedettes, il incarne avec brio le déchirement intérieur d’un catholique fervent qui voudrait renoncer à cette profession frivole. Il joue le seul personnage réellement avec la tête sur les épaules et met en valeur la veine comique des autres rôles.

Finalement, le mérite des Coen est d’avoir su filmer un divertissement intelligent et exempt d’humour vulgaire, qui reste un bon moment de cinéma où l’on ne boude pas son plaisir. Difficile dès lors de ne pas leur pardonner le caractère quelque peu superficiel et décousu du scénario, tant leur enthousiasme est sincère. Mais on se prend quelquefois à rêver de ce que Woody Allen aurait apporté de verve et de rythme à un tel sujet.

Aux Utopolis Belval et Kirchberg.

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