L’Alac vampirise la profession de journaliste

Déjà que le métier de journaliste ressemble de plus en plus à une guerre sur plusieurs fronts, de récentes offres de recrutement subvertissent encore son statut professionnel – même l’Agence luxembourgeoise d’action culturelle (Alac), soutenue par l’État, s’y met.

(Screenshot culture.lu)

C’est une de ces petites annonces qui paraissent sur le site culture.lu, géré par l’Alac : sont recherché-e-s des journalistes freelance « pour la rédaction d’articles à publier sur culture.lu ». La rémunération se fera « sur base des articles commandés et fournis », pour ne pas dire que les « journalistes » seront payé-e-s au lance-pierre, comme dans d’autres rédactions professionnelles. D’ailleurs, aucune grille de rémunération n’est indiquée ; ce sera donc à la discrétion de l’Alac de déterminer ce qu’elle compte payer la pige.

Ce n’est pas le seul problème avec cette annonce. Demander à des journalistes d’écrire des articles de communication est non seulement contraire à l’éthique de la profession, mais aussi à la définition même de journaliste professionnel-le. La loi de 2004 exclut expressément des activités de journaliste professionnel-le celles « ayant pour objet la publicité ». Or, on peut douter que l’Alac soit vraiment à la recherche de critiques artistiques qui peuvent librement donner leur opinion sur les thèmes qu’on leur proposera. Il est dès lors clair que les boulots proposés ne correspondent pas au travail journalistique. Celles et ceux qui accepteraient de telles piges pour améliorer leurs fins de mois risquent donc, en théorie, d’entrer en conflit avec la commission des cartes du Conseil de presse. S’y ajoute que ce sont souvent les journalistes culturel-le-s qui sont les plus précaires dans le contexte économique actuel.

D’autant plus que l’Alac n’est pas une asbl comme les autres : la ministre de la Culture elle-même fait partie de son conseil d’administration, tout comme la bourgmestre de la Ville de Luxembourg, le chef du Luxembourg City Tourist Office et la coordinatrice culturelle de la Ville de Luxembourg. Qu’une telle structure paraétatique puisse essayer de subvertir le métier de journaliste est proprement scandaleux. Son directeur, Luc Wagner, n’a pas donné suite à notre demande de commentaire.

Ce n’est pas la première fois que des journalistes sont ouvertement recruté-e-s pour des emplois qui ne correspondent pas à la loi sur la liberté d’expression dans les médias de 2004 et sa définition de journaliste professionnel-l-e. Début octobre, l’agence de communication Binsfeld était aussi à la recherche de journalistes, notamment pour « écrire de belles histoires en se basant sur celles de nos clients ». Qu’une boîte privée ne connaisse pas les finesses du statut de journaliste, passe encore, mais qu’une association contrôlée par l’État et la commune de Luxembourg-ville fasse de même, c’est – dans le contexte de la crise de la presse – un vrai faux pas.

 


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