Le Goncourt de la poésie pour Anise Koltz

La poétesse luxembourgeoise reçoit aujourd’hui vendredi 4 mai le prix Goncourt de la poésie – Robert Sabatier pour l’ensemble de son œuvre.

(Photo : woxx)

Si la nouvelle aurait dû seulement être annoncée ce jour, voilà déjà deux semaines que « Le Jeudi » l’a révélée au Luxembourg. Il faut dire que l’Académie Goncourt a eu l’étrange idée de mettre à jour, dès la mi-avril au moins, la liste des lauréats sur son site, facilitant ainsi le travail de confirmation des rumeurs. S’est donc ensuivie une (modeste, tout de même) couverture médiatique grand-ducale où perçaient à la fois une certaine fierté nationale et une admiration probablement sincère. En parcourant certains forums de journaux, on a même pu lire des messages qui indiquaient en substance que le rédacteur ou la rédactrice ne connaissait pas Anise Koltz, mais se réjouissait de cette nouvelle formidable.

Eh oui, c’est le lot des poètes, encore plus dans notre petit grand-duché, d’avoir leur nom un peu reconnu mais sans pourtant être lus… ou lues, car la poésie, à notre époque, est bien plus affaire de femmes qu’il y a quelques siècles, fort heureusement. Leur doyenne luxembourgeoise, auréolée de nombreux prix internationaux, ne fait pas exception à la règle. Et c’est d’autant plus dommage que ses livres ne contiennent rien de ce qui peut rebuter dans la poésie actuelle : chez elle, pas de déstructuration du langage ou d’effets compliqués, rien d’expérimental, mais des textes courts qui savent toucher au plus profond des interrogations qui nous sont communes, avec des mots simples. Lire Anise Koltz, c’est rester en prise avec le réel aussi, car chez elle, les oiseaux et les jolies fleurs des poèmes qui célèbrent la nature bienveillante n’ont pas droit de cité. Fortement engagée, notamment en faveur des plus démunis en Grèce, la poétesse, en parlant d’elle, parle du monde qui nous entoure et de son actualité. Écouter Anise Koltz, c’est aussi une expérience envoûtante où la fragilité de la voix d’une dame de près de 90 ans se conjugue à la vigueur inouïe de ses vers. Lors de sa lecture combinée avec Lambert Schlechter pour le festival Literatour à Bettembourg, il y a une semaine, on comptait une petite trentaine de personnes dans l’audience seulement, en majorité habituées aux lectures poétiques.

Alors, à celles et ceux qui se réjouissent de cette formidable nouvelle – après celle de la parution d’une anthologie dans la collection phare Poésie/Gallimard l’année dernière –, on ne peut que souhaiter de franchir, si ce n’est pas encore fait, l’étape suivante : lisez Anise Koltz, allez l’écouter lors d’une prochaine lecture. On trouve ses livres dans toutes les librairies et dans toutes les bibliothèques. Vous ne le regretterez pas, car sa poésie saura vous séduire. Ce sont les jurés du prix Goncourt qui le disent, en plus !


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