Les Cahiers luxembourgeois : numéro 2, année 2020

Peut-être un peu en retard pour cause de confinement (cependant pas plus que cette chronique, au fond !) mais toujours là, les Cahiers continuent d’explorer le spectre littéraire grand-ducal actuel avec éclectisme.

L’anglais continue de s’affirmer comme langue d’écriture du pays, avec une première nouvelle, « Revelations », d’Igor Bunjevac, jeune auteur du cru qui sert un western dont les dialogues imagés prennent une place prépondérante – un peu trop d’ailleurs, tant le texte fait penser à un exercice de style et d’admiration du genre, mais la lecture est agréable. En anglais également, les poèmes de Fernando Martins da Mota respirent un certain mysticisme avec leurs tournures anciennes et font penser parfois aux vers qui pourraient accompagner la quête d’un héros de fantasy. En anglais toujours, Maxime Weber propose la nouvelle « Anagogikos », dans un style fantastique et horrifique où les trouvailles foisonnent, diluées cependant par l’abondance d’adjectifs et de vocabulaire, comme si l’auteur souhaitait prouver sa maîtrise de la langue qu’il a adoptée. Mais il y a dans cette nouvelle la promesse d’un talent à développer.

Seule contribution en français, « Pourquoi faut-il que ça m’arrive toujours à moi », de Gast Groeber, est en fait la traduction d’une nouvelle en luxembourgeois − parue dans le recueil « All Dag verstoppt en aneren » − par Athanase Popov. Une initiative que la rédaction justifie par le fait que « les histoires bien écrites fonctionnent dans toutes les langues ». Le traducteur se veut ainsi passeur de littérature en langue luxembourgeoise vers cette partie du public local qui ne maîtrise pas assez la langue nationale pour en profiter. Et ça fonctionne, puisque la prose de Groeber, une des voix majeures de notre littérature, est plutôt bien rendue et son humour subtil bien présent.

Côté luxembourgeois, d’abord deux poèmes de Samuel Hamen à la construction fluide et rythmée, à lire un peu comme on entendrait du « spoken word », avec leur déploiement de la pensée par analogies et consonances. Que soit ici d’ailleurs soulignée l’importance que les Cahiers accordent à la poésie, genre souvent négligé qui, comme dans ce cas, permet souvent de proposer une expérience de lecture différente, notamment dans sa forme. Une nouvelle ensuite, « Verluerene Kascht » de Sandy Heep. Ici, on est transporté pas mal de décennies en arrière, dans le quartier de Bonnevoie du même nom, pour la vengeance d’une lavandière tombée enceinte à la suite d’un viol. Une écriture sobre et dynamique, sans longueurs, pour le coup de cœur de ce numéro.

Langue du long, détaillé et intéressant dossier de Marc Limpach sur la radio luxembourgeoise pendant l’occupation nazie, l’allemand est aussi celle des « Übertragungsneurosen » de Claire Schmartz, trois récits extraits d’un recueil qui a obtenu le premier prix du Concours littéraire national dans la catégorie « jeunes » en 2017. Ce sont des instantanés de vie qui se prolongent, au fil d’une prose plutôt sobre qui travaille le rythme et les télescopages pour générer l’émotion.

De nouveau un bon travail de la rédaction des Cahiers en somme, avec un équilibre réussi entre fiction et recherche et de belles découvertes qui promettent. Les illustrations sont d’Anna Recker. Bonne lecture !

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