Pacifisme 1915-2015 : La paix est à gauche ?

von | 21.09.2015

Faire le point sur le pacifisme de gauche depuis la Première Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, c’est le sujet d’un colloque à venir. Dans l’espoir d’en tirer des leçons pour demain.

1337n PacifismeLa conférence de Zimmerwald, il y a cent ans, une conférence socialiste contre la guerre ? Le pacifisme, simplement être pour la paix ? Les choses ne sont pas aussi simples. Quand des leaders de la gauche radicale se sont réunis dans un petit village bernois en septembre 1915, tous étaient dégoûtés par les horreurs de la guerre en cours et par l’incapacité des partis socialistes à l’empêcher un an plus tôt. Ils se mirent d’accord – après de longues discussions – sur un manifeste dénonçant la guerre comme résultat de l’impérialisme et du capitalisme et critiquant modérément les partis socialistes soutenant leurs gouvernements belligérants respectifs. Pour ce qui est des efforts en faveur de la paix, cette conférence fit long feu. On s’en souvient surtout parce qu’il s’y est dégagé une « gauche de Zimmerwald » préfigurant l’Internationale communiste.

C’est apparemment cet aspect de la conférence qui a inspiré Déi Lénk pour l’organisation du colloque international intitulé « 1915-2015, face à la guerre », les 25 et 26 septembre. En effet, un des sujets abordés sera « l’actualité des thèses de Lénine et de Rosa Luxemburg », et l’invitation à la presse est accompagnée d’une photo de Léon Trotsky. Mais le colloque se donne comme objectif plus général de faire le point sur cent ans de positionnements des mouvements de gauche face à la guerre.

Vaste sujet, puisque le pacifisme a changé de visage de nombreuses fois : celui de 1918 n’est plus celui de 1914, tout comme celui de 2003 diffère de celui de 1989. Ainsi, le colloque analysera les raisons de l’échec du pacifisme socialiste à empêcher la Première Guerre mondiale (woxx 1278). En 1917, les plus radicaux des socialistes – qui étaient aussi les plus opposés à la guerre – purent fêter leur revanche sur leurs camarades opportunistes. Revanche tragique, car les projets révolutionnaires échouèrent en Allemagne et conduisirent en Russie à une guerre – civile – sans doute encore plus terrible que celle qui l’avait précédée. Il est vrai que Lénine voyait la guerre comme une sorte de contradiction secondaire (Neben- widerspruch) par rapport à la lutte des classes et ne considérait pas la paix comme une valeur en soi – une question à aborder lors du colloque.

Le grand schisme des mouvements socialistes est une conséquence directe du choix des dirigeants mainstream de ne pas s’opposer clairement à la guerre. Pourtant, dans les deux décennies qui suivirent la Grande Guerre, communistes et sociaux-démocrates furent plutôt d’accord pour dénoncer dans un même souffle capitalisme et bellicisme, une idée qui fit recette parmi des populations horrifiées par ce qui s’était passé. Mais le « Plus jamais ça » fut mis à mal par la montée du fascisme, et la fin des années 1930 fit apparaître le pacifisme systématique comme un allié objectif du défaitisme face au mal absolu.

Ne jamais dire plus jamais ça

Après 1945, c’est de défaitisme qu’on accusa les pacifistes occidentaux opposés à la logique de la guerre froide. Or, jusqu’en 1989, le mouvement pacifiste puisa sa force non pas dans des raisonnements éthiques, mais dans la peur de la guerre nucléaire, une peur qui n’a rien d’irrationnel ni de déshonorant. Hélas, même si elle n’a pas entraîné la paix universelle que certains annonçaient (woxx 1300), la fin de la guerre froide a déclenché une crise du pacifisme. Un des symptômes en est la difficulté de mobiliser contre l’Otan ou la militarisation de l’Union européenne – cette dernière faisant l’objet d’une intervention lors du colloque.

Surtout, face à la violence des guerres civiles en Somalie, en ex-Yougoslavie, au Rwanda, le pacifisme systématique hérité de la guerre froide s’est mis à douter de lui-même. Au sein de la gauche, ces situations complexes ont conduit à des déchirures, comme lors de l’intervention occidentale au Kosovo ou face à la montée de l’islamisme djihadiste. Difficile de s’y retrouver entre une social-démocratie et des Verts parfois plus bellicistes que les conservateurs et une frange de la gauche radicale qui, sur base d’un antiaméricanisme archaïque, maintient une position de pacifisme absolu. Lors du colloque, le débat sur l’Ukraine promet donc d’être animé, tout comme la table ronde finale sur les leçons à tirer des échecs passés.

www.dei-lenk.lu

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