Pandémie : Culte de l’incohérence

La nouvelle ronde de mesures sanitaires reflète aussi les priorités du gouvernement – en ces temps de crise, il est solidaire, surtout avec l’économie, au détriment du lien social.

Photos : CHD/Flickr

Quelle bande de lopettes, ces député-e-s de l’opposition ! Tour à tour paniqué-e-s comme des poulets sans tête, à l’écoute des pires conspirationnistes, sourd-e-s aux efforts de solidarité nationale et surtout concentré-e-s sur la politique politicienne en ignorant les peurs quotidiennes de la population. Du moins, c’est l’image qu’en ont peinte la majorité et ses soutiens lors du débat sur le projet de loi 7694, ce mercredi à la Chambre des député-e-s. Que la bataille ait été tellement rude et le rejet de l’opposition aussi radical est une mauvaise nouvelle en soi pour le gouvernement. Et les réactions nerveuses de la majorité – en premier lieu celle de l’irascible socialiste Georges Engel – en témoignent. On est loin du 17 mars et de l’union nationale autour de l’état de crise.

Malheureusement pour le gouvernement et sa majorité, mars n’est pas novembre non plus pour la population. Entre-temps, le scepticisme par rapport aux mesures sanitaires et la volonté de se plier à celles-ci ont aussi changé. Si le pays ne connaît pas – encore – de manifestations d’illuminé-e-s de tous bords contre les restrictions, cela ne veut pas dire que de telles tendances n’existent pas. Et elles ne vont pas faiblir, face à une politique qui devant les demandes de justification de ses actes se réfugie dans des gestes barrière. Même si des instances, et pas des moindres, comme le Conseil d’État, la Chambre des salarié-e-s ou encore la Commission consultative des droits de l’homme ont été unanimes dans leurs avis sur l’incohérence de certaines mesures et sur le manque de données palpables qui les justifieraient, la coalition n’a rien voulu entendre. Elle préfère dénoncer les voix critiques comme irresponsables au lieu de se remettre en question.

Alors qu’il y a de bonnes raisons de contester certaines des mesures prises, voire prolongées. C’est notamment le cas du couvre-feu, qui sera de rigueur jusqu’au 15 décembre – sans que le gouvernement ait prouvé son efficacité par des études menées au Luxembourg ou à l’étranger, comme en France où il est expérimenté depuis plus longtemps. La même chose vaut pour la suspension des activités culturelles. La Theater Federatioun est dans son bon droit lorsqu’elle se demande pourquoi ses membres sont à nouveau les premiers visés par de nouvelles mesures, alors qu’il n’existe aucune preuve de contamination lors d’une représentation théâtrale. Les larmes de crocodile versées par la cheffe de fraction verte, Josée Lorsché, qui lors des débats parlementaires a même reconnu l’incohérence de ces fermetures, n’y changent rien. Ce sont les plus précaires et les plus faibles qui trinquent à nouveau.

Maintenir ouverts les commerces, les écoles et les lieux de travail revient à enfermer la population dans le monde du travail en le privant du monde des loisirs.

Pire encore, la nouvelle loi préfère ouvertement garantir les droits cultuels au détriment des droits culturels – et cela dans le même article. On pourrait soupçonner qu’un conflit entre religieux et amateurs-trices de culture est presque voulu. Cette disposition ne fait pas sens, et elle est même potentiellement dangereuse. Dans les lieux de culte, la prière et la chanson dégagent des aérosols, et la population est généralement plus vulnérable – alors que le public au théâtre, dans les salles de concert ou au cinéma est silencieux, ne circule pas et garde son masque. Si, à cause de cette disposition, le scénario d’une infection de masse dans un lieu de culte se développe, le gouvernement aura à porter une lourde responsabilité.

Mais après tout, c’est la pensée économique qui domine derrière les réflexions qui président à l’instauration des nouvelles mesures : le business doit continuer coûte que coûte. Maintenir ouverts les commerces, les écoles et les lieux de travail revient à enfermer la population dans le monde du travail en le privant du monde des loisirs. C’est un choix difficile à assumer pour le gouvernement et sa majorité – mais il est clair comme de l’eau de roche.


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