Patrimoine industriel : Gares condamnées

von | 12.05.2021

Tout comme celles de Berchem et Capellen, la gare d’Ettelbruck semble vouée à la démolition.

Photo : Wikimedia

Lorsqu’en 2012 les plans du réaménagement du quartier de la gare d’Ettelbruck furent dévoilés, l’asbl « Ettelbréck 21 » vit le jour. Son nom rappelait le fameux « Stuttgart 21 », et non par hasard : autour d’un projet de modernisation des installations ferroviaires, bientôt les discussions sur le bien-fondé de ce projet éclatèrent. « Si je dois choisir entre l’amélioration de la qualité de vie et la préservation d’un bâtiment, mon choix est vite fait », affirmait le bourgmestre Jean-Paul Schaaf (CSV) dans l’Essentiel, suite aux entrevues avec les opposants à une démolition de la gare. Celle-ci, construite en 1862, était donc dans sa 149e année lorsque sa condamnation fut annoncée. Mais la décision était loin de faire l’unanimité au sein du conseil communal : les Verts, notamment, étaient contre. Le changement de gouvernement en 2013, qui mettait l’ancien cheminot François Bausch (Déi Gréng) aux commandes du ministère de la Mobilité, n’allait cependant pas changer la donne : la démolition de la gare d’Ettelbruck reste d’actualité, car elle gêne la construction d’un tunnel routier qui devrait passer exactement au-dessous de l’endroit où elle se trouve actuellement. Récemment la commune a donc donné son aval pour la démolition de l’ancienne gare, qui a connu des agrandissements en 1873, autour de 1887 et en 1914. Cette démolition est justifiée par les travaux préparatoires pour entamer les excavations nécessaires au futur tunnel, dont la construction devrait débuter en 2022. Ce n’est qu’une étape dans le contexte du projet du « pôle d’échange multimodal », dont les travaux se terminent en 2026. Le projet de loi y relatif prévoit des dépenses à hauteur de 160 millions d’euros, et un front politique uni, tant au niveau local que national, ne voit pas d’alternative à ce projet. Mais des alternatives existent. Tout d’abord, la construction d’un tunnel peut aussi se réaliser sans se débarrasser de tout ce qui se trouve au-dessus. Le forage serait certes plus compliqué et plus coûteux, mais si notre patrimoine industriel nous est si cher, ne vaudrait-il pas la peine de passer par cette option ? Si techniquement cela s’avérait impossible, il reste toujours la possibilité de faire comme ce qui a été pratiqué en Suisse pour la gare de Zurich-Oerlikon : un bâtiment qui gênait l’agrandissement des installations ferroviaires a simplement été déplacé par une société spécialisée. En cinq jours, 6.200 tonnes ont ainsi été déplacées de 60 mètres. Pour réaliser cet exploit, il a fallu 15 mois en tout, depuis les préparatifs jusqu’au jour où le bâtiment a été rendu clef en main à ses propriétaires.

Wikimedia Commons/MMFE CC BY-SA 4.0

Une gare sur des roulettes

Dans le cas de la gare d’Ettelbruck, le coût d’une telle opération a été évalué à environ 2,8 millions d’euros. C’est en tout cas ce que dit le devis commandité par une protectrice du patrimoine à la firme qui a œuvré à Oerlikon. Ce montant paraît tout à fait justifiable face au coût global du projet et serait probablement en deçà des frais de démolition ou reconstruction du seul bâtiment voyageurs tel que programmé. Mais cette proposition sera-t-elle entendue par les responsables politiques ? Une récente demande de classement de la gare a été refusée par la ministre de la Culture Sam Tanson (Déi Gréng), avec l’argument de « l’intérêt public majeur du projet pour toute la région du nord ». Pour certain-e-s, l’espoir semble résider en une troisième possibilité : la démolition et la reconstruction « à l’identique » de la gare à un autre endroit. Or, non seulement les coûts d’une telle opération restent à être déterminés, mais de telles expériences se sont souvent soldées par des échecs. Normalement, ce ne sont que quelques éléments spécifiques qui sont réellement conservés, et la reconstruction approximative dans un autre contexte enlève toute âme aux bâtiments ainsi « protégés ». Pire encore : face à des problèmes d’autorisation et de financement, les pierres et planches de la « Maison berbère », arrachée à la rue Glesener de Luxembourg-Ville pour être relogée à Grevenmacher, pourrissent quelque part depuis dix ans, et l’espoir d’une reconstruction s’éloigne de plus en plus.

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