Peinture/dessin : Vues scribouillées

Un désir de dépassement en toute intimité et dans le calme, c’est le paradoxe qui se cache derrière les « Regards murmurés » d’Aline Forçain – qui présente une expo invitant à l’introspection.

Dès l’entrée, un jeu de miroirs. D’un côté, un portrait de l’artiste de dos faisant face à un mur blanc, dévoilant sa chevelure quelque peu désordonnée ; de l’autre côté, un petit tableau noir avec une inscription écrite en miroir – évoquant un désir de s’échapper. Une mise en abyme qui va se poursuivre dans la suite des œuvres exposées par Aline Forçain à la galerie Nosbaum & Reding. Les modes d’expression de l’artiste sont multiples, mais sans qu’elle utilise ses facultés pour les brûler dans des effets tape-à-l’œil – au contraire, les couleurs sont presque absentes, et, souvent, il faut inspecter les tableaux de près pour saisir la dimension de son travail.

Comme les cercles qui dominent la première pièce, humblement baptisés « A. ». De loin, ils apparaissent comme des motifs simples. Pourtant, en avançant, on aperçoit des milliers, voire des dizaines de milliers de petits traits délivrés à l’encre de Chine sur le papier. Un travail méditatif qui a son petit effet sur le regard de celle ou celui qui non seulement les voit, les regarde, mais s’y plonge vraiment. Le contraste entre le motif parfait (quoi de plus parfait qu’un cercle ?) et les traits jamais droits mais tout aussi précis crée un champ de tension plus fort qu’une illusion d’optique. Le travail respire carrément la vie de l’artiste et son rapport à la nature – car c’est de cela, selon le texte d’accompagnement, qu’il s’agit dans « Regards murmurés ».

En effet, la nature est omniprésente dans l’expo d’Aline Forçain. Que ce soit dans la peinture « Layer » – classique huile sur bois – ou la photo numérique « Rester debout », celle-ci est présente non dans sa splendeur mais dans ses motifs, dans ses filaments. Et que l’artiste les reproduise ou les prenne en photo, la différence n’est pas ce qui compte. Au contraire : c’est l’approche, le désir de proximité, voire d’union avec la nature qui compte. Pas un désir superficiel de retour à la nature, mais une appropriation par l’intime, par les petites formes, les vagues et les détails toujours changeants.

Cette approche se voit aussi déclinée dans l’installation « La valeur des petites choses », où une collection d’objets reflète les pensées de l’artiste en prenant la forme de petits mystères dont la solution est parfois très évidente, mais parfois aussi pas si facile à trouver. Comme avec « Tout ceci n’a aucun sens. – Je n’en suis pas si sûre », constitué d’une racine brûlée, de papier de soie et d’une corde noire.

Plus intimes encore, les travaux présentés dans l’arrière-salle de la petite galerie. D’abord, on tombe sur « Les incertitudes », une série de six panneaux en bois qui semblent non traités au premier regard. Encore une fois, il faut s’approcher de très près pour happer le travail de l’artiste. Tout comme pour « L’envers du décor », une série de gravures d’apparence terne, mais où se révèlent d’infimes détails.

Tout cela fait des « Regards murmurés » une exposition sympathiquement à part dans le monde de l’art contemporain sous nos latitudes. L’absence d’effets criards et de déclarations pathétiques donne du temps et de l’espace pour respirer avec l’artiste et apprécier son regard sur le monde.

À la galerie Nosbaum & Reding, 
encore jusqu’au 8 juin.

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