Que reste-t-il de nos amours ? (4/10) : Dans l’air du temps

L’hôtel Carlton est devenu hôtel Perrin. Gwendolyne Schommer, fille du propriétaire et cogérante, nous raconte.

Photo : Paulo Lobo

Gwendolyne Schommer : Mon arrière-grand-père paternel s’appelait Perrin, était entrepreneur et a fait construire le bâtiment, avec l’idée initiale de le vendre. Or celui-ci est devenu un hôtel. La famille Perrin est restée la propriétaire des murs. Un locataire a nommé l’hôtel Carlton. En 2020, nous avons décidé de raviver les traces de l’histoire familiale.

C’était votre projet, de relayer votre père dans la direction de l’hôtel ?


J’ai fait des études en communication visuelle et je n’avais jamais pensé travailler dans le milieu familial. Mais m’y voici depuis 2017. J’aime bien. L’idée, c’est d’être dans l’air du temps tout en gardant le charme traditionnel de l’hôtel, qui se trouve dans un très beau bâtiment. Entre mon père et moi, il y a une sorte de compromis. Je suis contente de sa confiance et je dois aussi garder en tête que c’est lui qui, il y a longtemps, a choisi l’ameublement et la décoration. Tout changer d’un jour à l’autre ne ferait aucun sens… À tous les niveaux, j’essaie de trouver des solutions qui nous conviennent à tous les deux.

Vous, jeune et femme, avez intégré une équipe qui existe depuis longtemps.


Au début, on a dû tout m’expliquer, jusqu’au moment où j’ai pu prendre moi-même les rênes.

Coloré, mouvementé, cosmopolite

On retrouve votre touche personnelle dans un restaurant : Madame Jeannette. Quelle clientèle attirez-vous dans ce quartier ?


À l’instar du quartier, elle est très internationale. Il y a des gens du voisinage, de l’hôtel et des hôtels des alentours.

Quartier dangereux ? 


Pas pour moi, mais l’aspect de certaines personnes qui y traînent même pendant la journée peut être choquant. Que voulez-vous, le quartier est comme il est… On ne veut pas en parler mal, mais on ne peut pas non plus dire que tout est super. L’emplacement de notre hôtel est très pratique, grâce à sa proximité de la gare. Parfois, des personnes sont impressionnées en entrant, car elles n’avaient pas imaginé qu’il soit si grand. D’ailleurs, la façade − bâtie entre 1931 et 1932 − est très jolie et souvent passe inaperçue. Je n’ai jamais habité dans ce quartier : j’ai grandi à Belair. À mon retour de Paris, après mes études, j’avais pourtant pensé m’y installer, parce qu’il est coloré, mouvementé, cosmopolite…

Un vœu pour le quartier ? 


Qu’il redevienne ce qu’il était : prestigieux, un bon endroit à vivre. J’aimerais qu’il y ait plus de contrôle, pour que la situation s’améliore et qu’il y ait moins de dégâts.

S’il existait un paradigme de l’amour du métier et des personnes, il pourrait s’appeler Gianni Commisso.


Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui a cette manière de parler aux gens : ils arrivent, font le check-in, montent dans la chambre et quand ils descendent on dirait qu’eux et Gianni sont de vieux amis ! C’est impressionnant ! Gianni est celui qui a fait de l’hôtel ce qu’il est aujourd’hui. Tous les clients demandent des nouvelles de lui. En 1998, mon père a repris la direction de l’hôtel sous une condition : que Gianni reste à ses côtés.

Après son service militaire et en provenance de Berlin, Gianni est venu au Luxembourg, où habitait son frère. Le 6 février 1966, il a commencé à travailler à l’hôtel Carlton. Visage au sourire inlassable…
Qu’est-ce qui vous plaît dans ce travail ?


Gianni Commisso : La personne. Quand je peux rendre service, surtout à un enfant ou à une personne âgée − désormais je le suis aussi, même si je ne sens pas mes 80 ans ! −, je vais bien. Mon plaisir, c’est de faire en sorte que la personne se sente vraiment bien. Cela est un idéal. Et mon rêve, c’est de pouvoir travailler sans argent.

Des souvenirs des débuts ?


Les temps ont changé… Je me souviens des premiers Portugais qui étaient arrivés « ao salto », comment ils chantaient dans leurs chambres !

Le quartier de la gare raconté par ses habitant-es

Le tram fonctionne, les travaux et la pandémie sont presque finis. Paca Rimbau Hernández repose la question qu’elle avait déjà posée – en 1999-2000 et en 2019-2020 – à des personnes qui résident ou travaillent dans le quartier de la gare : « Que reste-t-il de nos amours ? » (à retrouver dans les archives du woxx).


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