Racisme : Strange Fruits

L’explosion de violence qui a frappé Charlottesville le weekend dernier était tout sauf surprenante – elle démontre juste que l’internationale d’extrême droite, encouragée par Trump, est désormais prête à passer à la vitesse supérieure.

Donald Trump, un raciste ? Rien d’étonnant à cela. L’actuel président des États-Unis a une longue histoire parsemée de remarques, voire d’actions à caractère discriminatoire. Comme en 1973, quand l’administration Nixon a ouvert une enquête contre le magnat de l’immobilier pour discrimination contre de potentiels clients noirs – en fait, il voulait se débarrasser de ses locataires de couleur. Et on ne va pas revenir ici sur les polémiques concernant le certificat de naissance de Barack Obama, ses remarques sur les Hispaniques au cours de la campagne ou le recrutement de sympathisants de l’extrême droite – Sebastian Gorka, Steve Bannon ou encore Stephen Miller – à des postes à responsabilité de la Maison Blanche.

Dès lors, on comprend aussi l’engouement des divers milieux d’extrême droite (des religieux racistes du Ku Klux Klan aux organisations ouvertement néonazies, en passant par l’« alt-right ») pour ce président. Ce qui est moins mis en avant, ce sont les liens que ces organisations entretiennent avec un autre pouvoir extérieur, dont l’influence devient de plus en plus gênante pour la présidence Trump : la Russie. Ce sont deux médias américains (Newsweek et Observer) qui se sont collés à la tâche. Et leurs recherches montrent une réalité inquiétante. Non seulement les mouvances d’extrême droite se concurrencent dans leur admiration pour le leader du Kremlin – certains le considèrent comme le « dernier leader du monde libre » -, mais des liens concrets entre les suprématistes blancs américains et des cercles proches de Poutine existent bel et bien aussi. Ainsi, Richard Spencer – l’autoproclamé leader de l’« alt-right », une dénomination qu’il affirme avoir forgée lui-même et qui cherche à éviter le terme de néonazi – est toujours associé de près à son ex-femme russe, Nina Kouprianova. Une propagandiste poutinienne de premier plan, qui se décrit elle-même comme étant à l’avant-garde des trolls informatiques du Kremlin. Toujours selon les magazines américains, ce ne serait pas la première fois que les officiels – et les officieux – russes tenteraient de déstabiliser les démocraties occidentales par des agents d’influence.

(© Reddit)

Avec sa prise d’influence en Amérique, la Russie pourrait être sur le point de gagner la bataille idéologique, qu’elle semblait avoir perdue lors de la chute du Mur.

Mais tandis qu’aux États-Unis celle-ci se limite à des échanges idéologiques entre auteurs dans des publications d’extrême droite, en Europe, les renseignements militaires russes (GRU) auraient fait des pas supplémentaires – en recrutant et en formant des néonazis sous la couverture de clubs sportifs, notamment en Allemagne ou en Hongrie. Alors qu’au moins en Allemagne, depuis la – toujours pas résolue – affaire du « Nationalsozialistischer Untergrund » (NSU), il est désormais clair que les néonazis n’ont pas besoin des Russes pour compter au moins une partie des barbouzes de leur côté.

Avec sa prise d’influence en Amérique, la Russie pourrait être sur le point de gagner la bataille idéologique, qu’elle semblait avoir perdue lors de la chute du Mur. Elle a juste remplacé le communisme par le nationalisme. Cela se remarque aussi dans ses médias officiels (Russia Today ou Sputnik) où depuis longtemps des racistes de tout poil peuvent s’exprimer sans filtre et sans commentaires. Et ce n’est pas une surprise de constater que les profils sur les réseaux sociaux de presque tous les tenants de l’extrême droite occidentale pullulent de clips et d’articles venant de médias du Kremlin. Certes, tout cela peut virer très vite à la théorie du complot. C’est pourquoi il faut garder la tête froide et regarder la réalité en face – sans perdre de vue les valeurs humanistes sur lesquelles nos sociétés sont censées se fonder.


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