Relance post-covid : inventaire inventif

La fondation Idea, à travers un recueil d’articles, contribue au débat sur la relance. L’approche est plutôt ouverte, avec quelques limitations.

« … cette crise inédite pourrait laisser des séquelles économiques durables et être suivie d’une reprise à plusieurs vitesses », écrivent Narimène Dahmani et Michel-Édouard Ruben, économistes à la fondation Idea. Cela fait allusion aux différences entre les secteurs, dont certains sont « confrontés à un choc de productivité et de coûts durable ». Le Luxembourg a les moyens « pour mener un ensemble de politiques – budgétaires, économiques, de requalification – à même de contenter à la fois Keynes, Say et Schumpeter », estiment les auteur-e-s de la contribution phare du recueil présenté la semaine dernière par Idea. Le think tank, réputé proche du patronat, montre ainsi une fois de plus que sa conception de l’économie est large et va bien au-delà des dogmes néolibéraux.

Cela ne surprend guère, car dès le début de la crise covid, Idea s’était prononcé en faveur de la mise à disposition de fonds publics massifs afin de maintenir à flot l’économie, aussi bien côté entreprises que côté salarié-e-s. Sous le titre « La santé d’abord, l’économie ensuite », le think tank avait insisté sur les conséquences économiques de la pandémie tant par ses effets directs qu’à travers des mesures drastiques prises pour l’endiguer. Dans l’article « Geld oder Leben? », le woxx avait d’ailleurs défendu la même idée, tout en rappelant l’importance d’une solidarité avec les pays européens particulièrement frappés par la pandémie et les difficultés économiques.

Faut-il sauver le PIB ?

Dans la préface du recueil « Inventaire avant sortie de crise ! », le think tank avoue s’être à l’époque posé la question de savoir « si nous n’avions pas un peu trop chargé la barque ». Et de se féliciter d’avoir eu raison : « Les forces pandémiques ont balayé de nombreux tabous de la pensée économique conventionnelle et les mesures de soutien budgétaires – qui ont accompagné et facilité la relative bonne résilience de l’économie luxembourgeoise – auront été bien supérieures à ce que nous osions imaginer. »

Notons tout de même que si Idea a été écouté pour ce qui est du diagnostic, les mesures proposées n’ont été adoptées que de manière fort sélective. Le gouvernement a fait l’impasse sur les propositions les plus radicales, comme les travaux d’intérêt général ou la transformation d’une partie des salaires en « bons à consommer »… et même sur le simple blocage des baux commerciaux et des loyers. Par ailleurs, le programme proposé par Idea devait, entre autres, « avoir au centre de sa fonction objective la maximisation du PIB » − idée en apparente contradiction avec la nécessaire transition écologique. Si une telle priorité à la limitation des dégâts économiques avait sa raison d’être en mars 2020, on aurait pu s’attendre à ce que, 15 mois plus tard, le think tank insiste sur la nécessité d’une relance verte. De ce côté-là, « Inventaire avant sortie de crise ! » déçoit.

L’économie au sens (un peu plus) large

Néanmoins, le recueil de 13 textes d’expert-e-s luxembourgeois-es brille par la diversité des angles d’attaque du sujet et par la richesse des idées et des propositions avancées. Il y a évidemment un appel à ne pas augmenter les impôts issu d’un expert de la place, mais on y trouve également un rappel des inégalités croissantes au Luxembourg de la part d’un économiste de la Chambre des salariés. L’impression est d’autant meilleure que la feuille de route pour l’après-crise du ministère de l’Économie nous laisse sur notre faim : au-delà de quelques axes de développement industriels, ce document s’abstient de développer des visions d’avenir économiques (woxx 1638 : Pilotes pusillanimes).

Reste que la conception large de l’économie promue par Idea, si elle tient compte de la dimension sociale, semble avoir du mal à intégrer à ses réflexions l’interdépendance entre activité économique et environnement naturel. L’approche de traiter la fiscalité du CO2 et les impacts du changement climatique comme des facteurs exogènes apparaît cependant comme de moins en moins tenable face à l’urgence pour nos sociétés de réussir la « grande transformation » écologique (et sociale).

 


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