Rentrée détendue et salle comble

von | 13.09.2018

C’est dans une Philharmonie pleine à craquer que l’OPL a inauguré mercredi la nouvelle saison symphonique, avec un « lunch concert » à la saveur très romantique. L’occasion de préparer le grand rendez-vous de ce vendredi et de montrer sa motivation.

(Photo : Alfonso Salgueiro)

Pour une fois, les musiciennes et musiciens, avec leur tenue décontractée, ne font pas preuve de plus d’élégance vestimentaire que la moyenne du public. Celui-ci – composé en grande partie de fonctionnaires de l’Union européenne ou d’employé-e-s de grandes sociétés du Kirchberg – est venu en nombre, alléché par la perspective de grappiller quelques instants avec la Cinquième Symphonie de Tchaïkovski en guise de pause déjeuner. Un petit rituel d’accordage, et le maestro paraît. Tout cela est parfaitement bien réglé, malgré l’affluence exceptionnelle qui a empli la salle en un clin d’œil.

Gustavo Gimeno, toujours attentif à la communication avec le public, explique que les 30 minutes du concert seront consacrées au premier mouvement en entier, puis à des fragments du deuxième mouvement. La symphonie a été répétée la veille et il se réjouit de pouvoir montrer le travail de l’orchestre au public. Ses bras se positionnent, encerclant d’avance les volutes du son que, à son signal, les clarinettes, bassons et cordes graves font résonner. Étrange début pour une saison philharmonique que cette lancinante mélopée à laquelle tout l’orchestre se joint progressivement, pour faire retentir le thème du destin qui traversera la partition en leitmotiv. Plus démonstratif qu’en concert, avec une gestuelle plus volubile, Gimeno appuie les changements d’atmosphère et les souligne au besoin de quelques remarques orales ; après tout, un « lunch concert », c’est une répétition publique. Il y en a encore besoin, car le romantisme exacerbé de Tchaïkovski peut à chaque instant se transformer en ostentation. Et puis l’équilibre sonore est encore en chantier, avec quelquefois des pupitres dissimulés par d’autres. Patiemment mais en peu de mots, le chef explique et recommence, non sans avoir gratifié le public d’une très longue portion de premier mouvement sans aucune interruption.

Petite confusion lorsque l’orchestre attaque le deuxième mouvement, un point de départ erroné (après le magnifique solo de cor du début, il faudra patienter jusqu’à vendredi pour l’entendre) ayant été indiqué par Gimeno. Et c’est à ça qu’on reconnaît le professionnalisme des interprètes et de leur chef : on s’en amuse rapidement, et puis dans l’instant on se reconcentre pour démarrer là où il faut. C’est vrai que ça n’est pas long, 30 minutes, alors il faut en tirer le meilleur parti, d’autant qu’il y a un public, quand même. Il y a bien dans ce mouvement quelques départs asynchrones, et le relais de la fin qui évolue des premiers violons aux violoncelles manque bien un peu de liant, mais l’atmosphère est studieuse et pas de doute, tout cela sera au point pour vendredi. En tout cas, les martèlements martiaux du thème du destin promettent beaucoup.

Presque pile à l’heure, le court « lunch concert » (qu’on pourrait aussi qualifier d’apéritif à celui de vendredi) se termine et spectatrices et spectateurs s’égaillent le sourire aux lèvres. C’est aussi cela, le travail d’un orchestre et de son directeur musical : donner du plaisir autrement qu’à travers les règles bien établies des rendez-vous traditionnels. Et faire accéder son public à la fabrique de sa musicalité et de son répertoire, pour faire mesurer le travail que représente la mise en place d’un programme de concert. Mission accomplie !

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