SRE : les barbouzes… en toute transparence !

Nouvelle offensive de charme de la part du Service de renseignement de l’État (SRE) – un site internet permet de découvrir comment le SRE se voit lui-même.

Extrait de la vidéo de recrutement du SRE sur la plateforme Youtube (©govjobs.lu)

Disparu un peu des radars, après une multitude de scandales plus ou moins récents – que l’on se rappelle l’épisode de la montre espionne avec laquelle l’ancien directeur Marco Mille avait enregistré l’alors premier ministre Jean-Claude Juncker – et dans l’attente de plusieurs procès contre d’anciens agents de cette époque, le SRE tente donc de montrer patte blanche avec un nouveau site : sre.gouvernement.lu

Basé sur le SRE mode nouveau depuis la réforme de juillet 2016, il présente un service propret et à la pointe des nouvelles technologies. Un service qui bien sûr ne se livrerait à aucune surveillance politique, qui n’interviendrait dans la vie privée qu’en cas d’absolue nécessité et aux « méthodes d’opération bien cadrées ». À lire les textes sur le site, on croirait presque que le grand-duché est doté du meilleur service de renseignement possible : respectueux des droits des citoyen-n-es, pas invasif et hypermoderne.

Juste que ça coince un peu, vu le passé du service. Déjà, qui peut garantir l’absence de surveillance politique ? Et il ne faut pas oublier que des centaines de personnes surveillées dans le passé attendent toujours qu’on leur donne accès à leurs dossiers, comme le woxx en avait rendu compte en 2013. Quant aux nombreux doutes concernant la réforme du SRE, les lectrices et lecteurs intéressé-e-s peuvent relire ici tous nos articles écrits avant et après la réforme.

Mais c’est surtout dans le chapitre « Histoire » que ça coince. D’abord parce que l’histoire du SRE par le SRE ne commence qu’en 1960 officiellement. Or, le Luxembourg disposait d’un service de renseignement, voire d’une brigade chargée de s’occuper de ces besognes (surtout la surveillance politique, qui a pour longtemps été la principale occupation du renseignement) depuis 1909 – comme nous l’avait détaillé le chercheur spécialisé Gérald Arboit dans une interview de 2014. S’y ajoute que le service met en avant son innocence dans l’affaire « Bommeleeër » et met hors-jeu toutes les pistes qui pointaient vers le réseau « Stay Behind » de l’Otan. Cela a certes été validé par la commission de contrôle parlementaire dans son rapport, mais il est un peu séditieux d’avancer de telles thèses tant que le procès autour des attentats n’est pas clos.

Toujours est-il que le SRE est à la recherche de nouvelles recrues dans le domaine du numérique. Une vidéo, tournée avec des images de synthèse qui y font ressembler le travail à une aventure tout droit sortie de l’univers Marvel, alors que les bâtiments se situent route d’Esch, incite des jeunes à s’intéresser à la défense nationale. On leur souhaite bonne chance quand même.


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