Théâtre : Pas si fou

Le spectacle « Un fou noir au pays des blancs » fait escale au Luxembourg à l’invitation de l’ASTM. Une occasion ludique de faire passer des messages essentiels sur les différences culturelles et la tolérance.

Pie Tshibanda : humour et sérieux au service de la cause humaine, tout simplement (Photos : Svend Andersen)

Voilà 50 ans déjà que l’Action solidarité Tiers Monde (ASTM) s’est donné pour but l’émancipation politique, économique, sociale et culturelle des peuples issus des pays dits du « Tiers Monde ». Et pour fêter dignement cet anniversaire, elle a concocté tout un programme, dont le volet culturel n’est pas le moindre. La venue au Luxembourg de Pie Tshibanda avec sa pièce « Un fou noir au pays des blancs » en est l’un des points culminants, ne serait-ce que parce que le spectacle, adapté en « seul en scène » d’un livre autobiographique de l’auteur, a allègrement dépassé les 1.500 représentations à travers le monde. C’est bien à un quasi-classique du genre que l’ASTM convie le public luxembourgeois.

Au départ, « Un fou noir au pays des blancs », c’est donc un livre de Tshibanda qui décrit par le menu les petites histoires frustrantes, tristes ou comiques de son intégration en Belgique. Où il s’est installé sans sa femme et ses six enfants, mais avec l’espoir de se voir accorder un regroupement familial. Il avait dénoncé l’épuration ethnique dans le Zaïre d’alors, y devenant de ce fait persona non grata. Intellectuel en Afrique, le psychologue de formation doit bien vite se rendre à l’évidence : au Nord, il est réduit à l’étiquette d’étranger suspect, quelles que soient ses compétences, tant par la machine administrative que par le regard des autres. Le livre témoigne par la même occasion de la grande humanité de certaines personnes, qui lui permettent de ne pas perdre espoir et de se faire autant que possible sa place dans une société blanche.

Un « fou noir », d’ailleurs ? C’est que Tshibanda, journaliste également, sait pointer du doigt les différences culturelles qui conduisent souvent à des incompréhensions, faisant de lui un dérangé aux yeux des autres… mais parfois aussi l’inverse. Si certaines de ces différences sont connues et peuvent faire office de clichés pour celles et ceux qui baignent dans une société multiculturelle (relatif individualisme au Nord et importance de la communauté au Sud par exemple), l’auteur montre bien, dans un langage faussement candide, que personne n’est à l’abri d’un préjugé, même avec les meilleures intentions du monde. Tout cela sans condamner cependant, avec une empathie bienveillante. Le psychologue va même jusqu’à utiliser ses compétences pour résoudre certaines situations épineuses à la demande des autorités communales.

Ce rôle de médiateur que Pie Tshibanda endosse peu à peu, il l’a prolongé dans l’adaptation théâtrale de son livre. Alors que ce dernier est construit comme une chronique quotidienne dans un style littéraire, le spectacle, d’après les extraits qu’on peut en voir en ligne, fait la part belle à l’art du « stand-up », avec force anecdotes et blagues rythmées. Une habile idée de transposition qui permet de toucher un autre public et dont l’efficacité n’est pas à démontrer, au vu du succès déjà rencontré. Bien entendu, racistes et xénophobes ne seront pas dans la salle, et on pourrait penser que Tshibanda prêchera une audience convaincue. Mais ce serait une erreur : la petite mécanique bien huilée des préjugés sait s’immiscer profond dans les cerveaux les plus tolérants, et ce spectacle propose une saine piqûre de rappel. Avec l’humour en plus.

Le 3 décembre à 19h, au cinéma Le Paris 
de Bettembourg.

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