Théâtre : Poétique poisson

Pièce habile et onirique sur la différence et l’acceptation de soi, 
« Le poisson belge » sort de l’eau au TOL en janvier et février. Pour le public luxembourgeois, c’est l’occasion de se plonger dans la belle écriture de Léonore Confino.

La baignoire, véritable troisième rôle de la pièce, poisson oblige. (Photos : Antoine de saint Phalle)

Franchement, le début ne paye pas de mine. Entre ce « Grande monsieur » qui accueille cette « Petit fille » chez lui parce que les parents ne sont pas venus la chercher à l’école, le dialogue est certes amusant, mais pas particulièrement cinglant dans sa confrontation entre jeunesse et vieillesse. Mais elle est maligne, Léonore Confino, cette comédienne et autrice pas encore quarantenaire et à la carrière déjà bien remplie. Ces noms évoqués plus haut, on ne les connaît pas d’emblée, tout comme on ne découvre les petits secrets des deux personnages qu’au fur et à mesure de la pièce. Les colères, les bouderies et les menaces de la fille, qui conduisent l’homme à ne pas la renvoyer chez elle immédiatement, débouchent rapidement sur une situation où pointent le surréalisme et la poésie. Est-ce la raison pour laquelle ce poisson-là est belge, les protagonistes mentionnant Bruxelles, Anvers ou Namur ? Peut-être bien. Quoi qu’il en soit, il y a beaucoup d’habileté dans l’écriture de Confino, qui sait peu à peu diriger l’attention de son audience, même si elle ne la conquiert pas d’emblée. Comme une araignée tisse sa toile, au fond.

Tout dans la pièce installe un cocon où ces deux âmes solitaires évoluent de tendresse en conflit, avec des piques de vulgarité bien vite calmées par les adjectifs enfantins de Petit fille ou les substantifs hésitants de Grande monsieur. Elle peine à respirer dans un monde où elle se sent différente ; lui, dont on découvre qu’il aime s’habiller en femme, n’a pas encore pansé toutes les blessures de son passé. Le souffle est omniprésent, et respirer sous l’eau est peut-être la solution, finalement, pour échapper à une société hostile en s’enfonçant dans les profondeurs. Oui, elle est séduisante dans son évolution du banal à la poésie, l’écriture métaphorique et pourtant limpide de Léonore Confino. Rien que pour elle, la pièce mérite d’être vue.

Fort logiquement cependant, l’incarnation proposée par Juliette Allain et Régis Laroche permet d’augmenter la force du texte. La comédienne se transforme en fillette, avance ses moues, joue de sautes d’humeur tandis que son partenaire parvient à passer du vieux travesti bourru à un homme d’âge mûr pour qui on ne peut qu’éprouver une empathie confondante. Les deux dosent parfaitement les transitions entre rires et larmes, sans manipulation ni exagération. Ce cocon protecteur évoqué auparavant, elle et lui le tissent le temps d’une représentation autour de leur audience, comme si cette pièce – qu’on pourrait comparer à une psychanalyse express – traitait aussi les vies, les blessures du passé ou les frustrations de celles et ceux qui y assistent.

À ces mots forts et à ce jeu franc répond la mise en scène d’Aude-Laurence Biver (scénographiée par Anouk Schiltz), qui a en outre fait appel au danseur Gianfranco Celestino pour mettre en mouvement certaines scènes. Cette excellente idée permet d’ajouter par les gestes adéquats encore plus d’onirisme dans les moments où celui-ci est à son paroxysme. On regrettera peut-être des transitions un peu longues entre scènes, hachant quelque peu le rythme : la poésie peut certes naître du silence et de l’étirement du temps, mais ici, tout comme les personnages sont fusionnels, on attendrait une fusion de ce temps. Mais poésie et onirisme il y a, et c’est sans hésiter qu’il faut se rendre au TOL pour oublier le quotidien et – pourquoi pas ? – se réconcilier avec son enfance et ses blessures, entre sourires et chagrins.

Au Théâtre ouvert Luxembourg, les 28, 29 et 31 janvier ainsi que les 6, 7, 12 et 13 février à 20h, le 30 janvier ainsi que les 8 et 14 février à 19h, le 9 février à 17h30.

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