Images de femmes : Sorry !

von | 04.03.2016

Publicitaires, mĂ©dias, entreprises : nombreux sont ceux qui ont recours Ă  des stĂ©rĂ©otypes sexistes pour vendre. La plateforme « JournĂ©e internationale de la femme » s’y attaque – Ă©paulĂ©e par un collectif d’artistes.

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Démonter les stéréotypes de genre, voilà ce que fait la performance « Juxtapose », montrée à Neimënster dans le cadre de la Journée internationale des femmes. (Photo : neimënster)

« Nous, les femmes, nous avons tendance Ă  improviser quand nous ne trouvons pas de place de parking », explique une voix off, pendant qu’une femme gare sa voiture au bon milieu d’un rond-point. Avant de quitter sa voiture, la protagoniste sort un rouge Ă  lĂšvre de son sac Ă  main et note son numĂ©ro tĂ©lĂ©phone accompagnĂ© d’un « sorry ! » sur
 une serviette hygiĂ©nique. « Renault vous offre l’option ‘dĂ©solĂ©e de m’ĂȘtre garĂ©e là’ – des petites cartes qui vous font passer pour une fille sympa mĂȘme quand vous ĂȘtes mal garĂ©e. » Un gros plan montre une carte qui porte l’inscription « Ne m’enlevez pas ma voiture, svp ! J’ai des hauts talons  ».

Le clip d’une trentaine de secondes, mis en ligne en 2014 par la branche belgo-luxembourgeoise de Renault, suscite aussitĂŽt l’intĂ©rĂȘt sur les rĂ©seaux sociaux. Nombreuses sont les critiques de la part des internautes. Quelques heures aprĂšs sa publication, la vidĂ©o disparaĂźt aussi rapidement qu’elle Ă©tait apparue.

Faux pas ponctuel ? Mauvais goĂ»t ? Loin de là : l’utilisation de stĂ©rĂ©otypes et de clichĂ©s sexistes dans la publicitĂ© est courante et prĂ©sente dans quasiment toutes les branches. Si la reprĂ©sentation de la femme a changĂ© au cours des derniĂšres dĂ©cennies, ce n’est pas pour autant qu’elle est moins stĂ©rĂ©otypĂ©e. Du clichĂ© de la « femme mĂ©nagĂšre » des annĂ©es 1960, on est passĂ© Ă  ce qu’on appelle le « porno chic » – des reprĂ©sentations hypersexualisĂ©es de « femmes objets ».

La publicité sexiste est interdite

C’est Ă  ces reproductions sexistes et stĂ©rĂ©otypĂ©es de la femme – et parfois de l’homme – que s’attaque la plateforme d’action « JournĂ©e internationale de la femme 2016 », regroupant une trentaine d’organisations. « Images de femmes », voilĂ  le mot d’ordre des Ă©vĂ©nements prĂ©vus autour du 8 mars.

« La publicitĂ© sexiste est interdite ! », martĂšle Anik Raskin du Conseil national des femmes du Luxembourg (CNFL). « On peut faire de la bonne publicitĂ© sans avoir recours au sexisme. » D’ailleurs, la plateforme informe sur la possibilitĂ© de dĂ©poser plainte contre l’utilisation de clichĂ©s sexistes dans des publicitĂ©s, mais aussi dans les mĂ©dias en gĂ©nĂ©ral.

Or, si la possibilitĂ© existe, elle n’est que peu utilisĂ©e. « TrĂšs peu de plaintes sont dĂ©posĂ©es », dit Raskin. Pourtant, la derniĂšre que le CID-Fraen an Gender a dĂ©posĂ©e contre la publicitĂ© sexiste d’un groupe brassicole luxembourgeois a portĂ© ses fruits. À partir du dĂ©pĂŽt de la plainte, il n’aura fallu qu’une semaine pour que l’annonceur retire sa campagne.

À cĂŽtĂ© de la voie officielle, il existe d’autres moyens pour faire reculer l’utilisation de stĂ©rĂ©otypes basĂ©s sur le genre. C’est ce que tente de dĂ©montrer le collectif de jeunes artistes Richtung22. Le groupe a lancĂ© il y a peu une campagne contre le sexisme « ordinaire ». AprĂšs une premiĂšre action, intitulĂ©e « Sexisme : parlons-en », lors de laquelle des tĂ©moignages de femmes victimes du sexisme de tous les jours Ă©taient recueillis en ligne, Richtung22 s’attaque Ă  un adversaire de taille : RTL.

« Bring this Pin-Up Site Down » est l’intitulĂ© de cette partie de la campagne. Un titre qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  la rubrique « Pin-Up » du site internet de RTL. « D’Lucille huet et gĂ€r aussergewĂ©inlech », peut-on lire en premiĂšre page sur le site, accompagnĂ© de l’image d’une jeune femme Ă  moitiĂ© nue et au regard lascif. En cliquant dessus, on peut dĂ©couvrir une galerie de photos « érotiques », accompagnĂ©e du nom, de l’ñge et, bien sĂ»r, des mensurations de la femme reprĂ©sentĂ©e.

Une tradition qui apporte des clics

Des femmes « blanches, europĂ©ennes, avec des mensurations de mannequin » Ă  tous les coups, commente Lucie Wahl de Richtung22. Pour elle, ce sont des reprĂ©sentations telles que celles utilisĂ©es par RTL pour attirer des clics qui rendent le sexisme acceptable en sociĂ©tĂ©. Des accusations qu’on ne comprendrait pas forcĂ©ment du cĂŽtĂ© de RTL. « Nous leur avons Ă©crit une lettre ouverte, mais ils disent ne pas comprendre en quoi leur rubrique serait sexiste. Pour eux, il s’agit d’une ‘tradition’ qui apporte des clics », dit Wahl.

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La campagne de Richtung22 s’attaque à un adversaire de taille : RTL. (Image: Richtung22)

Or, malgrĂ© la lettre ouverte et une pĂ©tition en ligne rassemblant plus de 400 signataires, l’écho mĂ©diatique est quasiment inexistant. Mis Ă  part quelques exceptions ponctuelles, la grande majoritĂ© des mĂ©dias luxembourgeois ont, jusque-lĂ , prĂ©fĂ©rĂ© ignorer la campagne signĂ©e Richtung22. Pour Lucie Wahl, cela s’explique par une sorte de « solidaritĂ© entre journalistes », dans un pays oĂč tous se connaissent.

Les organisatrices de la JournĂ©e internationale de la femme, de leur cĂŽtĂ©, disent soutenir Ă  cent pour cent la campagne de Richtung22, et se rĂ©jouir du fait que le sexisme soit un sujet en dehors des structures fĂ©ministes traditionnelles. « Il est trĂšs important que le grand public participe pour exercer de la pression », dit Anik Raskin. L’exemple de la publicitĂ© de Renault le montre : quand la pression est telle qu’elle l’emporte sur les considĂ©rations d’ordre Ă©conomique, le bras de fer peut ĂȘtre gagnĂ©. Avec, Ă  la clĂ©, peut-ĂȘtre un « sorry ! » de la part de l’annonceur.

Dans le cadre de la JournĂ©e internationale de la femme, une fĂȘte « fĂ©ministe et culturelle » aura lieu Ă  NeimĂ«nster le 6 mars (programme dĂ©taillé : pages 5 et 6 de notre agenda). Le 8 mars, une manifestation « pour une image diversifiĂ©e, pluraliste et rĂ©aliste des femmes » aura lieu. Plus d’informations : www.fraendag.lu

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