Lambert Schlechter : Inévitables bifurcations

1381kultur_kuerz_schlechterC’est un chantier titanesque que celui que Lambert Schlechter a commencé, voilà dix ans, en publiant « Le murmure du monde ». Chaque tome de cette série, dont « Inévitables bifurcations » constitue la quatrième livraison, explore « La trame des jours » (titre du deuxième volume paru en 2010) sous forme de fragments : des textes courts qui capturent l’essence du temps présent en épousant les contours des vagabondages de la pensée. Ici, l’auteur a choisi de livrer 77 chapitres de longueur égale. Sur deux pages, chacun chemine puis bifurque, inévitablement, vers d’autres horizons, ouvrant grand les possibles et l’imaginaire. Le flot ininterrompu est matérialisé par une syntaxe privilégiant les juxtapositions, foisonnant de virgules, mais sans majuscules initiales et sans points finaux. Devant le sentier tortueux des textes qui composent l’ouvrage, plusieurs possibilités sont offertes : picorer au jour le jour quelques extraits (un butinage que pratique l’auteur lui-même avec délectation), dévorer l’ensemble d’un trait, voire revenir en arrière lorsqu’on rencontre un thème ou un personnage déjà cité auparavant. Quelle que soit la lecture que l’on en fait, les fragments d’« Inévitables bifurcations » invitent autant aux flâneries de l’esprit qu’ils incitent à aller retrouver dans d’autres ouvrages, dont les auteurs sont cités, des histoires ou des pensées. Si l’on entrevoit ici des dessous féminins ou de magnifiques belles-de-nuit en fleur, comme souvent chez Schlechter, si l’acte d’amour est célébré presque à chaque page (« vive & violente douceur du coït »), les aiguillages implacables emportent aussi la locomotive du lecteur vers les camps de la mort ou l’Italie des séjours estivaux. Ce quatrième « Murmure du monde » respire l’érudition sans jamais la brandir, ce qui n’est pas une mince prouesse. Cerise sur le gâteau, les éditions Les doigts dans la prose ont concocté un objet livre de toute beauté ; il renforce le plaisir de la lecture tant par une mise en pages soignée que par le toucher voluptueux de sa couverture.


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