Pro : (Double) nationalité – vraiment une solution ?

referendum2015Avec l’exclusion de 45,9 pour cent (tendance haussière) des citoyens du plan politique national, personne ne peut nier le déficit de la démocratie représentative luxembourgeoise. Ceux qui le font se voilent la face devant la réalité.

En analysant le corps électoral actuel, on se rend vite compte que le déficit de la représentativité est plus profond. L’âge moyen de l’électorat est de 52 ans, alors que l’âge moyen de la population est de 39 ans. La moitié des électeurs sont des non-actifs et, parmi la population active, environ la moitié est employée dans le secteur public.

Un élargissement du corps électoral est indispensable et inévitable à long terme pour garantir une prise de décision législative plus équilibrée. L’exclusion de presque la moitié des résidents va sérieusement mettre en danger la cohésion sociale de la société luxembourgeoise.

La question suivante se pose : qui, des résidents non luxembourgeois ou des résidents luxembourgeois, a le plus besoin du droit de vote des étrangers ? N’est-ce pas les résidents luxembourgeois, pour garantir l’équilibre du corps électoral ?

Le plus grand parti d’opposition voit la solution à ce problème dans la loi sur la nationalité : une loi qui a été bloquée pendant dix ans par ce même parti. L’argument « Si kënnen dach déi duebel Nationalitéit huelen, wann se wiele wëllen ! », très souvent utilisé par les adversaires de l’ouverture du droit de vote aux non-Luxembourgeois, est pour eux synonyme de manque de volonté d’intégration. Cette argumentation est-elle justifiée ?

Lorsqu’on parle d’ouverture du droit de vote aux résidents non luxembourgeois par l’obtention de la (double) nationalité luxembourgeoise, on parle alors de Luxembourgeois et non plus de résidents étrangers. Le plus grand parti d’opposition est-il passé d’une politique d’intégration à une politique d’assimilation ?

Avec un flux migratoire de plus de 11.000 personnes par an, le déficit démocratique ne peut jamais être résolu par la loi sur la nationalité. Face à l’absence de solutions, le problème continuera dès lors de se poser.

D’un autre côté, des dispositions législatives font barrière à l’adoption de la double nationalité par nos concitoyens non luxembourgeois. Plusieurs pays de l’Union européenne, et d’autres pays à travers le monde, ne connaissent pas le principe de la double nationalité. Dans l’hypothèse du choix de l’adoption de la nationalité luxembourgeois, les citoyens de l’un de ces pays seraient contraints de renoncer à leur nationalité et à d’autres bénéfices qu’elle leur apportait. Pour illustrer cette situation prenons l’hypothèse du droit de propriété dans son pays d’origine par un résident non luxembourgeois. Alors que pour certains la perte de la nationalité d’origine est parfaitement envisageable, pour d’autres la perte de celle-ci entraînerait notamment des difficultés administratives en cas de détention d’une propriété mobilière ou immobilière dans leur pays d’origine.

Peut-on s’imaginer demander à quelqu’un de, en sus de toutes les démarches administratives nécessaires à l’obtention de la nationalité, renoncer aussi à sa propriété à l’étranger seulement pour pouvoir obtenir le droit de vote au Luxembourg ?

Personnellement, je suis persuadé que le droit de vote et la nationalité ne doivent pas aller de pair. En effet, l’obtention de la nationalité d’un pays doit être liée aux émotions et aux convictions de chaque individu, et en aucun cas être motivée par un intérêt politique quel qu’il soit.

Assimiler une partie des citoyens en les contraignant à adopter la nationalité luxembourgeoise afin de bénéficier de droits politiques est une solution dangereuse, de laquelle une nation ne peut jamais véritablement tirer profit.

L’ouverture du droit de vote à tous les résidents du Luxembourg à partir de 16 ans est le meilleur moyen de pallier les déséquilibres démocratiques de la Constitution luxembourgeoise.

À nous de dire oui le 7 juin 2015 !


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