Rob Marshall: CHICAGO

Une ville de légende où les femmes assassinent leur mari, font de la prison – ce qui a le chic d’en faire des stars – se jalousent l’une l’autre jusqu’à se faire des coups bas pour qui fera la première page du lendemain.

John C. Reilly joue peut être un personnage désespérant d’insignifiance dans „Chicago“, mais il est au moins en bonne compagnie. (photo: David James / Miramax Films)

Pluie de paillettes

Le dernier film de Rob Marshall est, du point de vue féminin, tout à fait jubilatoire tant les femmes y font le spectacle, y mènent la danse, non sans l’intervention de quelques princes (pas toujours) charmant. Dans cet univers où le strass et les paillettes dominent même dans le monde carcéral, il n’était pas joué d’avance que l’ambiance music-hall, un rien désuète, parvienne à accrocher le public en dépit d’une belle brochette de stars pratiquant le lancer de jambe ou les claquettes avec style et désinvolture.

Pourtant, dès les premières minutes du film, on est transporté par la grâce d’un numéro de music-hall où Catherine Zeta-Jones est au-devant de la scène, plus fatale que jamais et à la voix grave et belle. Elle est seule en scène, alors qu’elle devrait être accompagnée de sa soeur. Mais voilà, la belle, vexée de surprendre son amant et sa soeur dans les bras l’un de l’autre, les a assassinés froidement et termine bravement son numéro de cabaret avant de se faire embarquer par une escouade de flics. Le tout sous les yeux médusés du public et, plus particulièrement, de Roxy (Renée Zellweger, épatante en empotée bébête).

C’est ensuite au tour de Roxy d’abattre son amant alors que ce dernier la maintenait dans l’illusion d’un contrat imminent pour mieux s’approprier ses charmes. Les deux belles, l’une fatale, l’autre femme-enfant, se retrouvent donc derrière les barreaux, où leur rivalité pour attiser l’intérêt de la presse les conduira à se faire le plus de vacheries possibles.

C’est d’abord Velma Kelly (Catherine Zeta-Jones) qui tient la corde dans les journaux, avant de se faire ravir le titre de meurtrière la plus hot du moment par Roxy, diaboliquement naï ve. Les deux vipères sont arbitrées par un avocat commun, Billy Flynn (Richard Gere), le champion des causes féminines avec mort d’homme, le vénal sauveur de ces dames (pour 5.000 dollars par tête sauvée quand même).

Mari insignifiant

Le montage brillant, entremêle l’histoire de numéros de music-hall, symbolisant les scènes imaginaires des personnages et permettant de donner une véritable dimension psychologique à certains d’entre eux; comme celle où l’excellent John C. Reilly (jouant le mari de Roxy) chante sa désespérante insignifiance.

Certes, il ne s’agit pas du „Moulin rouge“ débridé, façon Baz Luhrmann, mais l’adaptation de ce spectacle à succès qui cartonne à Broadway depuis 1975 est pour le moins réussie. Elle laisse penser que la comédie musicale, genre qui fit jadis les beaux jours d’Hollywood, n’est pas tout à fait à jeter aux oubliettes et qu’il permet même à des metteurs en scène de talent – Lars Von Trier, Woody Allen, pour ne citer qu’eux – de marquer celui-ci de leur empreinte.

A retenir, outre les très bonnes prestations d’acteurs: la qualité des indémodables chansons de John Kander et Fred Ebb, soutenues par de superbes chorégraphies, laissent le spectateur avec l’oeil aussi brillant qu’une pluie de paillettes.

Séverine Rossewy

A l’Utopolis et au Ciné Scala


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