Geneviève Mersch: J’ai toujours voulu être une sainte

Avec „J’ai toujours voulu être une sainte“, la réalisatrice luxembourgeoise Geneviève Mersch sort son premier long métrage. Sujet: l’adolescence comme quête d’identité.

Geneviève Mersch, à droite de la caméra.

Quand l’auréole s’envole

(rw) – Au début, avant même de voir une image, on entend le bruit d’un moteur. Un moteur de voiture de course qui hurle. Ensuite les images montrent la voiture, les pilotes en qualité TV. La voiture prend son départ, accélère, puis sort de la route et s’écrase. Le chauffeur rallye Nico Marcuse est gravement blessé. Il est entre la vie et la mort.

Le personnage de Nico joue un rôle central dans la vie de la petite Norah, qui tremble pour son idole et qui, après sa mort, le prend pour une sorte de ersatz divin. Elle lui parle en secret, elle regarde et regarde encore les vidéos qui le montrent, et ses déclarations lors d’une interview servent à Norah comme maxime: „When you really have found what you are looking for, when you think you are good at something, then you have to give it a go. And you have to be prepared for the good and the bad that comes with it.“

Norah n’est pas vraiment préparée aux mauvaises choses. Elle, qui veut le bien de tout le monde, doit faire le dur apprentissage que son entourage n’a pas toujours la même notion de ce qui est bien. A dix-sept ans, la jeune fille, qui est au centre du film de Geneviève Mersch, paraît assez proche de son aspiration exprimée dans le titre. Si elle n’est pas une sainte, elle est pourtant pleine de volonté et de conviction quand il s’agit d’aider. Sa vie ressemble à un parcours d’assistante sociale: faire les courses pour une vieille dame, raconter des histoires d’enfants à un groupe de petits, encadrer une petite fille négligée par sa maman, faire le ménage dans son foyer familial, être là pour sa copine de classe. Mais tout ce petit microcosme s’écroule petit à petit à partir du moment où on apprend à Norah que sa mère, déclarée comme morte depuis son enfance, est bien en vie quelque part.

Portrait touchant

Le refus initial de Norah de confronter cette réalité, l’effort douloureux de demander des explications à son père et sa grand-mère, puis les stations ultérieures de cette quête identitaire doublée d’une crise personnelle, sont interprétées de façon remarquable par la jeune Marie Kremer, dont la présence notable fait d’ailleurs le charme et la force du premier long métrage de Geneviève Mersch. La grande sensibilité de la réalisatrice à portraiter des personnages, qui se faisait déjà remarquer dans ses courts métrages, est à nouveau au rendez-vous. La musique très réussie, signée „Principal Trade Center“ et Serge Tonnar, accentue encore son style très personnel.

Pourtant, ce n’est pas suffisant. Si la sensibilité, l’humour et la créativité ne font pas défaut à Geneviève Mersch, c’est au niveau du scénario que le bât blesse. L’histoire de „J’ai toujours voulu être une sainte“ est pleine d’incongruités et d’invraisemblances. Pire, le fil de l’histoire n’est pas vraiment noué avec rigueur. Le film paraît surchargé d’idées et d’éléments qui ne sont pas toujours développés en profondeur. Par exemple, la description de la relation entre Norah et son père, pourtant un élément important dans sa recherche d’elle-même, reste curieusement plate. Surtout vers la fin, cela dérange le rythme du film et lui fait perdre de son potentiel à pouvoir captiver.

Tout de même, „J’ai toujours voulu être une sainte“ est un film touchant, parce qu’il met en scène avec doigté et honnêteté le temps crucial mais douloureux de l’adolescence, avec ses crises, ses ruptures et ses angoisses. D’ailleurs, lors de la première du film la semaine dernière, Geneviève Mersch n’a-t-elle pas déclaré y connaître quelque chose?

A partir de ce vendredi 16 mai au Ciné Utopia


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