William Friedkin: The Hunted

Ce qui est bien avec „The Hunted“, c’est la présence de William Friedkin derrière la caméra. Grâce à lui, nous avons droit à de belles images, à une mise en scène précise et à une ambiance prenante.

„Je vais te couper ta vilaine barbe.“ Benicio Del Toro contre Tommy Lee Jones dans „The Hunted“.

Ce qui est nettement moins bien, c’est le scénario, dont on se demande comment il a pu attirer William Friedkin, Benicio Del Toro et Tommy Lee Jones, quoique pour ce dernier, on a droit de s’en étonner moins.

Pour la enième fois, le FBI, dont on finit par se demander s’il possède une once de compétence, fait appel à une personne extérieure au service pour élucider un quadruple crime des plus sordides. Cette fois, c’est Tommy Lee Jones qui a droit aux honneurs. Ex-traqueur des forces spéciales à la retraite, L.T. Bonham a pour mission de traquer un de ses anciens élèves devenu fou, suite aux multiples missions des plus cruelles qu’il a accomplies un peu partout dans le monde, principalement au Kosovo.

Rapidement, l’action tournera au jeu du chat et de la souris avec un fond de chasse à l’homme aux allures d’un documentaire animalier. Mais très vite, on sent que les scénaristes ne doivent avoir que „Rambo“ comme culture cinématographique.

Car, en définitive, „The Hunted“ n’est ni plus ni moins qu’un „Rambo“ à la sauce du 21e siècle, gratte-ciel en prime et clichés à gogos, dont le plus énorme se situe lors de la découverte du corps de deux chasseurs. La femme flic, chargée de l’enquête, n’hésite pas à lancer un déconcertant: „Bouclez tout le périmètre et passez-moi cela au peigne fin!“ A croire que c’est la première fois que les gars du FBI se rendent sur les lieux d’un crime. Amateurs de clichés, vous allez vous régaler!

Dès que le FBI fait appel à L.T., on comprend que celui-ci est l’homme de la situation, qu’il est l’expert de rêve. Mais était-il utile de faire en sorte qu’il découvre en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire tous les indices principaux à l’arrestation de son ancien élève?

Le scénario ira même jusqu’à faire en sorte qu’il découvre, après que les flics aient passé le secteur au peigne fin, tout ce dont il avait besoin pour identifier avec précision l’auteur du double crime, trace de l’arme du crime comprise. On a beau être dans le genre film d’action, c’est tout de même un peu fort.

Certes, Tommy Lee Jones y met du sien pour paraître le plus crédible possible, air continuel de concentration, voire d’un homme soucieux, qui donne l’impression que sa vie dépend de l’élucidation de ce crime. Tout cela est très efficace, et d’une rapidité extrême, puisque le criminel Aaron Hallam (Benicio Del Toro) se fera arrêter vite fait.

A partir de là, on croit deviner que William Friedkin va nous emmener dans d’autres parages, vers une histoire moins banale. On se réjouit donc du revirement de situation qui va, c’est sûr, nous surprendre pour notre plus grand plaisir.

Mais l’enthousiasme va vite retomber car Aaron, auquel le ministère de la Justice va trouver des circonstances atténuantes, va s’évader pour retrouver son terrain de prédilection: la nature. L’affrontement entre le maître et l’élève aura donc bien lieu et nous voilà repartis sur les sentiers banalisés du simple film d’action, chargé de divertir les spectateurs qui ne vivent que pour deux choses: le pop-corn et le cinéma faciles à digérer.

Même pas mal

A trente minutes du générique de fin commence la véritable chasse à l’homme. Durant tout ce temps, ils courent partout, ils sautent sur tout, se font les pires vacheries pour enfin se retrouver en tête-à-tête pour l’affrontement final, celui où l’hémoglobine giclera partout, où le corps de l’un et le corps de l’autre serviront de quartier de viande, où les découpes se feront grossièrement, non sans douleur mais quelle importance. Le bon doit gagner et le mauvais, considéré ici comme une bête sauvage, doit mourir.

Alors, une fois encore, même si on est dans un film de genre, cela devient agaçant de voir des héros se prendre des coups de couteau à travers le bras, des flèches dans la cuisse et autres entailles, se relever et se battre comme un lion enragé avec un léger rictus, comme pour dire: „Pff, j’ai même pas mal!“

Et après toute cette violence et son quota d’action, „The Hunted“ n’a même pas le chic de nous épargner le passage obligé de la leçon de morale finale.

Thibaut Demeyer


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