TIM BURTON: Big Fish

von | 26.03.2004

Après s’être accommodé, huit longues années durant, de projets proposés par les studios, comme „Planet of the Apes“, Tim Burton revient au cinéma d’exception qui est le sien avec „Big Fish“.

Il y eut „Edward Scissorhands“ aux mains d’argent, puis celui à la caméra douteuse du plus mauvais réalisateur de tous les temps, l’attachant „Ed Wood“. Voici le troisième Edward mis en scène par Tim Burton: cette fois-ci, le réalisateur nous fait quitter la noirceur habituelle de ses films précédents et nous fait entrer dans la lumière d’un véritable conte de fée. Loin des fantômes déjantés de Beetlejuice, loin des créatures surnaturelles ou des humains décapités, il nous plonge ici dans la réalité toute relative d’un mythomane au seuil de la mort.

Le jeune Will Bloom (Billy Crudup) tente de mettre de l’ordre dans la vie contée de son père Edward (formidable Albert Finney). Le fils essaye de discerner le vrai du faux dans une existence enjolivée à l’envi par des années de joyeuses menteries. A en croire Ed, il aurait mené une existence chargée en événements, étant une sorte de Forrest Gump, l’invraisemblance puissance dix en plus. Depuis sa naissance expéditive à ses prouesses de pêcheur – la capture du mythique Big Fish -, en passant par l’achat d’une ville fantôme, le jeune Ed (joué par Ewan McGregor) se joue du réel en y rajoutant des doses fortes de rocambolesque, pimenté de contes traditionnels tels que David et Goliath, la forêt enchantée etc. … Burton nous conduit dans ce labyrinthe où il fait bon se perdre entre les différents niveaux de narration. Le spectateur se retrouve, comme le fils de Ed, souvent incapable de dissocier le vrai du faux.

D’une certaine manière les films de Tim Burton racontent toujours des histoires d’êtres solitaires, fantasques, en décalage par rapport au reste de la société et qui ne trouvent le bonheur qu’en assumant leur décalage. Big Fish ne déroge pas à la règle. Racontée par un autre réalisateur, la vie d’Ed pourrait paraître des plus ennuyeuses, à l’image de cet américain moyen qu’il est censé être: représentant de commerce, amateur de pêche à la mouche, marié, père de famille … rien de bien excitant. Mais Burton a décidé de mettre le pouvoir de son imagination et de son sens créatif au service du roman „Big Fish“ de Daniel Wallace. Le réalisateur investit l’imaginaire de l’auteur, pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Le projet d’adapter ce roman a vu le jour il y a quatre ans, lorsque Burton apprit le décès de son père alors qu’il était en plein tournage de „Planet of the Apes“. „Je n’aurais jamais pu tourner ce projet si je n’avais pas vécu ce choc. J’étais comme submergé“, raconte-t-il. Le réalisateur a trouvé dans ce livre un écho autobiographique à sa propre vie de fils devenu orphelin et, de surcroît, père depuis peu. Il s’est trouvé confronté à la question que tant d’autres se sont posée avant lui: Quelle vision du monde un père peut-il laisser à son fils? Doit-il renoncer à sa part de rêve et à cette imagination qui donne un sens à sa vie? Ou au contraire continuer à conter, comme Ed avec son fils? „Toi et moi, nous sommes des conteurs“, dit Edward Bloom. Tim Burton nous dit la même chose depuis toujours: la vie est un conte, qu’est-ce qui nous empêcherait de la rendre féerique?

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