WOLFGANG PETERSEN: Il faut sauver le soldat Achille

Hollywood a chaussé ses sandales pour aller revisiter l’Antiquité du côté d’Homère.

N’y avait-il pas des Grecs à l’intérieur de ce cheval? Wolfgang Petersen signe une adaptation
spectaculaire mais superficielle de l’Iliade. (photo: PR.)

La bonne nouvelle d’abord: Non, Wolfgang Petersen ne fait pas parler ses acteurs dans la langue de l’époque. Plutôt que sur un semblant d’authenticité, le réalisateur allemand mise sur le spectaculaire.

Dans son adaptation très libre de l’Iliade d’Homère (rebaptisée „Troy“), tous les acteurs parlent anglais. Ils articulent parfaitement, même lorsqu’ils ont la poitrine transpercée par des flèches brûlantes. Heureusement, Achille et compagnie passent beaucoup plus de temps à se battre qu’à se parler. „Troy“ est avant tout un film sur la guerre, sur ce qui la déclenche et sur ses conséquences. Quand les Grecs s’élancent sur la plage devant Troie, on s’attend en effet à tout moment à voir surgir Tom Hanks en route pour aller sauver le soldat Ryan. La référence à Spielberg est évidente, aussi bien d’un point de vue visuel que d’un point de vue moral: En gros, on pourrait résumer le message comme suit: „La guerre, c’est moche, mais on n’a pas trouvé mieux pour faire des héros.“ Wolfgang
Petersen excelle par conséquent surtout dans la mise en scène des combats entre Brad Pitt (Achille) et Eric Bana (Hector de Troie), à tel point que l’on oublie même de se demander comment, au milieu d’une meute de 5.000 guer1.1riers, ces deux-là finissent toujours par se rencontrer.

Cela doit sans doute être la faute des dieux et déesses … Faux, puisque l’Olympe n’a pas été invité à la fête. Le scénariste David Benioff (pourtant auteur de l’excellent „25 hours“ de Spike Lee) les a rayés de son adaptation dès le début. La guerre de Troie est désormais une affaire bien humaine et voilà ce qui rend l’intrigue beaucoup moins efficace. Lorsque le roi de Troie Priam condamne définitivement sa ville, en commettant l’erreur de se fier aveuglement aux augures, sa décision semble peu compréhensible. Tout au long du film, ce sont les hommes qui prennent leurs décisions par orgueil ou par soif de vengeance et les dieux font figure de véritable
„deus ex machina“ que le scénario invoque lorsqu’il
peine à justifier les actes des personnages.

Et il peine souvent, puisque les acteurs se sentent visiblement à côté de leurs sandales. Brad Pitt, qui incarne Achille le rebelle, est mal à l’aise dans ses tuniques brodées. La même chose vaut pour le couple Hélène et Paris (Diane Kruger et Orlando Bloom), assez pâle: leur passion n’a pas les proportions épiques qui justifieraient le dénouement tragique.

La Warner Brothers s’était pourtant réjouie d’avoir pu engager un réalisateur européen pour adapter un des projets les plus ambitieux à traîner dans les tiroirs des boîtes de production. La compagnie a dépensé la modeste somme de 200 millions de dollars (ce qui fait de „Troy“ le film le plus cher jamais réalisé) dans l’espoir de pouvoir suivre le mouvement du „Gladiator“ de Ridley Scott. Les affinités classiques de Peterson n’auront pas suffi, puisque „Troy“ patauge pendant 165 minutes sans trop savoir quel combat mener. Même l’attitude envers la guerre (et on ne peut parler de guerre sans penser à celle dans laquelle l’Amérique est engagée actuellement) reste floue: Wolfgang Petersen la dépeint comme un exercice vain et violent, mais il en impute la responsabilité aux rois avides de pouvoir et clôt sur une glorification du sacrifice des soldats. Comme le cheval de Troie, „Troy“ ne tient pas vraiment ses promesses.


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